Lien n°62
Mercredi 5 janvier 2011

Les puits, la source

par Emmanuelle François

Ce temps de froid et de neige, parfois très beau mais parfois aussi un peu déprimant, est pour cette raison-même le temps de l’Espérance. Et pour cause, c’est la naissance de notre Sauveur.

Un cantique d’Avent chante :

« Vienne la rosée sur la terre, naisse l’Espérance en nos cœurs »

Un autre implore le ciel :

« Rorate caeli desuper, nubes pluant Justum »
 « Cieux, faites descendre votre rosée, et que les nuages fassent pleuvoir le Juste ».

Ce Juste est désigné comme la rosée, la pluie, mais il est aussi le puits, la source, le fleuve. Nous n’en finirons pas de filer cette métaphore de l’eau, elle nous dépassera toujours. Origène va encore nous y aider cette fois-ci, grâce à son esprit curieux toujours en quête de la signification des métaphores divines.

« L’Esprit de Dieu dit par la voix de Salomon dans les Proverbes : « Bois les eaux de tes vases et de la source de tes puits et que tes eaux ne soient pas répandues pour toi en dehors de ta source. » (…) Chacun de nous, suivant ce symbole, a en lui un puits, disons mieux : chacun de nous en a, non pas un, mais plusieurs ; il a, non pas un vase d’eau, mais plusieurs. Car l’Ecriture ne dit pas : Bois de l’eau de ton vase, mais : « de tes vases », elle ne dit pas « de la source de ton puits » mais : « de la source de tes puits ». Nous avons lu que les patriarches ont eu leurs puits : Abraham en a eu, Isaac aussi, Jacob, je pense, en a eu aussi.

Pars de ces puits, parcours toute l’Ecriture en quête des puits et arrive aux Evangiles. Tu y trouveras celui sur le bord duquel notre Sauveur se reposait, après la fatigue du voyage, quand survint une Samaritaine qui voulait y puiser de l’eau. C’est alors qu’il explique quelles sont les vertus du puits -ou des puits-, dans l’Ecriture et, instituant une comparaison entre les diverses eaux, révèle les secrets du mystère divin. Car il est dit que, si quelqu’un boit des eaux données par le puits terrestre, il aura encore soif, mais en celui qui aura bu des eaux données par Jésus, « naîtra une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle ». Dans un autre passage de l’Evangile, il ne s’agit plus de source ni de puits, mais de quelque chose de plus important : « Celui qui croit en lui », à ce que dit l’Ecriture, « il coulera de son ventre des fleuves d’eau vive ». Tu le vois donc : celui qui croit en lui possède en soi plus qu’un puits, des puits ; plus que des sources, des fleuves ; sources et fleuves d’ailleurs qui ne soulagent point cette vie mortelle, mais procurent l’éternelle.

Ainsi donc, selon les Proverbes déjà cités, là où il est question de puits en même temps que de sources, il faut comprendre qu’il s’agit du Verbe de Dieu : puits, s’il cache quelque profond mystère ; source, s’il déborde sur les peuples et les arrose.

Mais il faut chercher -car ce n’est pas sans importance- comment nous pourrons expliquer que les puits soient au pluriel et la source au singulier , car la Sagesse dit dans les Proverbes : « Bois les eaux de la source de tes puits ». Voyons de quels puits elle nous dit qu’ils n’ont qu’une source.

A mon avis, la science du Père inengendré peut se comprendre comme un puits et la connaissance de son Fils unique doit en être un autre. Car le Père est distinct du Fils et le Fils n’est pas identique au Père comme lui-même le dit dans les Evangiles : « C’est un autre qui rend témoignage de moi : le Père » Et il me semble qu’on peut voir encore un autre puits dans la connaissance du Saint Esprit. Car il est distinct du Père et du Fils, comme le prouve l’Evangile : « Le Père vous enverra un autre Paraclet,(…) l’Esprit de vérité ». C’est donc la distinction des trois personnes en Père, Fils et Esprit Saint qui explique la pluralité des puits. Mais de ces puits la Source est unique, car unique est la substance et la nature de la Trinité. Et ainsi ne trouvera-t-on pas oiseuse la distinction établie par l’Ecriture Sainte : « de la source de tes puits ». Elle a employé exactement les termes mystiques et parlé au pluriel des personnes, alors que le singulier convenait à la substance.

On peut encore voir des puits dans les objets à propos de la science desquels l’homme plein de la sagesse de Dieu disait :

« C’est lui qui m’a donné la vraie science des êtres, qui m’a fait connaître la substance du monde, la vertu des éléments, le commencement, la fin et le milieu des temps, les changements des révolutions et les mutations des temps, les cycles de l’année et les positions des astres, la nature des animaux et les instincts des bêtes, la force des esprits et les pensées des hommes, les espèces des plantes et les vertus des racines ».

Vois-tu combien s’ouvrent de puits dans la science de la nature ? C’est un puits par exemple que la science des végétaux, et peut-être que la nature de chaque plante a un puits particulier. C’est un autre puits que la science des animaux, et peut-être chaque espèce a-t-elle un puits particulier. C’est un autre puits que le système des temps, ses révolutions et ses changements. La science de tous ces objets est profonde, c’est pourquoi ils peuvent être appelés des puits en style figuré. « Tant que le mystère du Christ demeura caché aux siècles et aux générations », la science de ces objets put porter le nom de puits : mais lorsque, selon le mot de saint Paul, « Dieu eut tout révélé aux croyants par son Esprit », tout cela devint des sources et des fleuves : la science n’en est plus tenue secrète, mais elle est présentée à la multitude, elle arrose les croyants et elle les désaltère. Voilà, je crois, la raison de cette parole du Sauveur à ses disciples : chez « celui qui croit en lui » et boit de l’eau de sa doctrine, ce n’est plus un puits, ni une source, ce sont « des fleuves d’eau vive » qui « naissent en lui ». De même que du Puits unique qui est la Parole de Dieu, naissent des puits, des sources et des fleuves innombrables ; de même l’âme de l’homme faite « à l’image de Dieu » peut avoir en soi et produire des puits, des sources, et des fleuves. »

Pour terminer sur une parole de la Sagesse, écoutons comment Jésus « Puits unique qui est la Parole de Dieu », est aussi comme une pluie qui descend :

« Alors qu’un silence paisible enveloppait toutes choses et que la nuit parvenait au milieu de sa course, du haut des cieux, ta Parole puissante s’élança du Trône royal » (Sg 18 14-15), ainsi qu’une divine pluie. Quand donc ? La nuit de Noël !

Venez, adorons…