Jeudi 22 décembre 2011

Les anges cultivent le champ de Dieu

par Emmanuelle FRANCOIS

Nous n’avons jusque-là pas beaucoup parlé des anges dans notre « fenêtre ouverte ». Pourtant, ils sont bien là, toujours actifs, aux petits soins pour nous. Dans les moments de difficultés, quand l’avenir paraît encore plus sombre que le présent, ne les oublions pas ! En tout cas, eux, ils comptent sur nous… Ils sont l’objet d’une « conspiration du silence », car ils ont pour principe de ne pas être trop bruyants… mais cela ne les empêche pas d’être bien là ; ils sont, comme le Dieu trois fois saint, objet de notre foi. Et si vraiment ils prennent soin de nous, si vraiment ils nous aiment, alors quel bonheur cela doit-il être pour eux de nous sentir confiants, réceptifs, en communication avec eux ! « Notre désir est que s’accroisse la dévotion aux anges gardiens » disait Jean XXIII. Origène va nous y aider en nous dessinant leur rôle, leur action, en nous obligeant à l’attention à leur égard. Et si en plus, il les regarde comme des cultivateurs, combien plus va-t-on les avoir en amitié ! Que de choses ont-ils à nous apprendre ! Car s’ils savent cultiver les cœurs, pourquoi ne sauraient-ils pas cultiver les champs ? Après tout, qui peut le plus, peut le moins…

« D’après la parole du Seigneur, semble-t-il, ce monde est « un champ ». Ce champ ne représente pas seulement la terre, mais aussi le cœur des hommes ; les anges de Dieu l’ont reçu à cultiver. Ils gardent les fruits de leur travail, c’est-à-dire ceux qui sont soumis « à des surveillants et des tuteurs » et n’ont pas encore atteint la perfection. Mais tous ceux dont le cœur a été l’objet de leurs soins attentifs, et qui ont été menés à la perfection, cette élite, ce choix fait parmi les autres, ce sont les prémices qu’ils offrent au Grand Prêtre.

Chaque ange, à la consommation des siècles, se présentera au jugement, menant avec lui ceux qu’il a dirigés, aidés, instruits, pour lesquels « il a toujours vu la face du Père qui est aux cieux » (Mt 18,10b). Là, je pense, on demandera si l’ange a été déficient pour cultiver les hommes, ou si ma paresse humaine a mal répondu au travail de l’ange. Il y aura donc un jugement de Dieu pour décider si c’est par la négligence des esprits « qui ont été envoyés pour servir et aider les héritiers du salut » (He 1,14b) ou si c’est par la lâcheté de leurs protégés que tant de chutes se produisent dans la vie humaine. S’il en est ainsi, il y aura aussi un jugement de Dieu entre les anges et les hommes.

Revenons aux prémices ; elles sont offertes, avons-nous dit, par les anges et elles sont récoltées sur le champ de ce monde. Or le champ des anges, ce sont nos cœurs. Chaque ange offre à Dieu les prémices du champ qu’il cultive. Si je méritais d’exprimer une grande pensée digne du Grand Prêtre, si dans nos paroles et notre enseignement se faisait remarquer une idée capable de lui plaire, il se pourrait que l’ange préposé à l’Église choisît l’une de nos paroles et l’offrît au Seigneur en manière de prémices pour le champ de mon cœur. Mais je sais que je ne le mérite pas, on ne trouvera pas en moi, j’en ai conscience, une pensée que l’ange, dans son travail parmi nous, juge digne d’être offerte au Seigneur à titre de prémices ou de premier produit. Puissent nos paroles et notre enseignement ne pas mériter d’être condamnés ! Cette grâce nous suffirait.

Donc les anges offrent des prémices recueillies chez nous. Chaque ange cultive ceux que son zèle et son travail détournent des erreurs des païens et convertissent à Dieu. Chaque homme est attribué à tel ou tel ange et confié à ses soins. Au commencement de ce siècle, "lorsque Dieu dispersa les fils d’Adam, Il fixa les frontières des nations d’après le nombre" (De 32,8b) des anges de Dieu, et chaque nation a été remise à son ange ; seule la nation d’Israël fut choisie, elle devint « la part du Seigneur » (De 32,9a) et « le lot de son héritage » (De 32,9b).

De même, je crois, à la fin de ce monde et au commencement du nouveau siècle, le Très-Haut fera un nouveau partage des fils d’Adam, et ceux qui ne pourront pas avoir le « cœur » assez « pur » pour « voir Dieu » (Mt 5,8) et être Sa part, verront du moins les saints anges de Dieu et seront répartis "d’après le nombre" des anges de Dieu. Mais heureux celui qui sera digne dans cette vie future d’être « la part du Seigneur » (De 32,9a), d’être « Jacob, son peuple » (Lc 2,32b) et « Israël, le lot de son héritage » (De 32,9b). » (Homélie sur les Nombres, 11 4-5)

Nous allons bientôt écouter le chant des anges qui annoncent la venue du Sauveur, puisse ce doux chant nous rappeler leur présence bien réelle, et, qui sait, peut-être pouvons-nous leur demander de nous apprendre quelques-uns de leurs cantiques ???