Jeudi 9 janvier 2014

Images des réalités spirituelles

par Emmanuelle François
fenetre ouvert 3
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Le vote au Sénat du projet de loi sur les semences (Projet de loi sur le délit de contrefaçon, élargi aux plantes, voté à l’unanimité le 20 novembre 2013 par les sénateurs) introduit parfaitement notre sujet d’aujourd’hui !

Nous avons pris l’habitude, dans cette chronique, de nous efforcer de lire la création comme un livre de Dieu sur le mystère qu’il est et que nous sommes. Parfois, nous pouvons avoir l’impression d’exagérer et que les réalités terrestres sont ce qu’elles sont, mais qu’il ne faut peut-être pas trop leur en demander tout de même : tout au plus pouvons-nous, en tant qu’agriculteurs, agronomes, éleveurs, essayer de percer le mystère de leur comportement et de leurs réactions, mais quant à systématiquement vouloir voir du divin dans tout cela, restons les pieds sur terre !

Origène, en quelques lignes, nous ramène les pieds sur terre… et la tête au ciel ! Il soutient que non seulement notre intelligence peut trouver dans certaines choses terrestres, comme la vigne ou le grain de sénevé, l’image des réalités célestes, mais aussi que Dieu a pu créer chaque semence comme image d’une réalité céleste !

Voilà qui va nous obliger à déployer des trésors d’imagination… car on peut certes comprendre le grain de sénevé comme étant « le Royaume de Dieu » (Mt 13, 31), ou la vigne comme étant « Jésus » (Jn 15, 1 ;5), mais quelles autres réalités, en aussi grand nombre que les semences de la terre, peuvent donc bien peupler le ciel ? A vrai dire, notre imagination ne va pas si loin et nous résumons facilement le ciel à quelques visages, quelques anges, peut-être un grand trône, quand on y pense…

Les sénateurs nous proposent finalement d’éviter de nous fatiguer l’imagination. Ils ont compris que le ciel est beaucoup trop compliqué à comprendre pour nous, ils font effort pour nous simplifier la tâche. Ils proposent une loi qui permette de réduire tout cela : la semence certifiée, autorisée. Merveille de simplification ! (Pas pour les paperasses, rassurons-nous !) Mais je laisse la parole à Origène :

« L’apôtre Paul nous enseigne que les réalités invisibles de Dieu sont comprises à partir des choses visibles, et « les réalités qui ne se voient pas » (Rm 1, 20), contemplées à partir de la ressemblance avec les choses qui se voient. Il montre par là que ce monde visible instruit de l’invisible, et que ces choses terrestres contiennent certaines « copies des réalités célestes » (Sg 7, 26), afin que nous puissions, de ces choses d’en bas, nous élever jusqu’aux réalités d’en haut, et, à partir de ce que nous voyons sur la terre, percevoir et comprendre ce qui est dans les cieux. A certaines de ces réalités, afin que, grâce à elles, puissent plus facilement être perçues et comprises les variétés des créatures qui sont sur la terre, le Créateur a donné une ressemblance.

Et peut-être Dieu, comme « il a fait l’homme à son image et à sa ressemblance » (Gn 1, 27), a-t-il aussi créé toutes les autres créatures à la ressemblance de certaines autres images célestes. Et peut-être chacune des créatures qui sont sur la terre a-t-elle quelque chose d’une image et d’une ressemblance dans les réalités célestes, au point que même « le grain de sénevé, qui est la plus petite parmi les semences », a quelque chose d’une image et d’une ressemblance dans les cieux.

Et le fait que pour elle est formée une telle raison de sa nature que, bien qu’elle soit « la plus petite de toutes les semences, elle devient plus grande que toutes les plantes potagères, au point que les oiseaux du ciel peuvent venir habiter dans ses branches » (Mt 13, 32), porte une ressemblance, non seulement de quelque image céleste, mais « du Royaume des cieux » lui-même.

Ainsi donc, il est possible que les autres semences qui sont sur la terre aient aussi, dans les réalités célestes, quelque chose de leur ressemblance et de leur raison. Et si cela est vrai pour les semences, sans nul doute l’est-ce pour les plantes ; et si cela est vrai pour les plantes, sans nul doute l’est-ce pour les animaux : oiseaux, reptiles, quadrupèdes. (…)

Dès lors, parce qu’il est impossible à l’homme qui vit dans la chair de connaître quelque chose des réalités cachées et invisibles s’il n’en a conçu quelque image et ressemblance à partir des choses visibles, pour ce motif, je pense que Celui qui « a tout fait avec sagesse » (Ps 104, 24b) a créé chaque espèce des choses visibles sur la terre de manière à présenter en elles une certaine doctrine et connaissance des réalités invisibles et célestes afin que, par elles, la pensée humaine s’élève jusqu’à l’intelligence spirituelle et cherche les principes des choses dans les réalités célestes, de sorte que, instruite par la Sagesse de Dieu, elle aussi puisse dire : « ce qui est caché et ce qui est manifeste, je l’ai appris » (Sg 7, 21a) ».
Commentaire sur le Cantique des Cantiques, III

Si la diversité des espèces et des semences est un don de Dieu, sachons que personne ne peut nous le retirer. Il en va de notre capacité à élever notre cœur vers le ciel, à travers les choses visibles, images des réalités invisibles. Que la naissance de notre petit Roi en soit pour nous l’assurance et le gage.