Vendredi 15 juin 2012

Qu’est-ce que la Résurrection ?

par Emmanuelle FRANCOIS

Question pour un champion : « Qui Jésus a-t-il ressuscité pendant sa vie publique ? »

Réponse : « 3 personnes ! La fille de Jaïre (1), le fils de la veuve de Naïm (2), et son ami Lazare (3) ! »

Solution : « Perdu ! Il n’a ressuscité que…lui-même… »

Allons bon…

C’est un rien exagéré, mais je m’explique : le fils de la veuve, la fille de Jaïre, Lazare, étaient-ils sujets aux rhumes après leur résurrection ? Pouvaient-ils encore se tordre la cheville ou avoir mal à la tête ? Tout laisse à penser que oui, même si ce n’est pas dit explicitement…Nous devons donc conclure qu’ils sont revenus à la vie mortelle. Ce n’est déjà pas mal, direz-vous. Cela mérite sans doute qu’on appelle ce retour une « résurrection », car peu sont revenus comme eux ! (Quelques-uns par les mains d’Elie (4), d’Elisée (5), de saint Pierre (6) ou de saint Paul (7), mais, dans l’ensemble, cela ne représente pas grand-monde !). Pour que tout soit bien clair, nous devrions appeler cela d’un autre nom : « retour à la vie », par exemple ? Car la résurrection, c’est, nous dit Grégoire de Nysse, un retour, aussi, mais retour à la splendeur originelle, c’est-à-dire à la splendeur du paradis terrestre, avant la chute. Notre corps sera revêtu de « l’incorruptibilité et des autres marques de la divinité ».

Quant à moi, j’hésite à dire si c’est un retour à la grâce originelle, ou si la « bienheureuse faute d’Adam » va nous permettre d’obtenir une grâce plus grande encore, par le Christ, mais ce qui est sûr, c’est que, pour exprimer l’inexprimable, rien n’est plus adapté, encore une fois, que l’image du grain de blé…Décidément, ceux qui sèment le blé sèment un grand trésor pour notre foi !!!

Mais je laisse Grégoire de Nysse exposer ce que le Saint-Esprit et sa sœur Macrine lui ont inspiré sur ce sujet :

« L’Écriture nous apprend qu’à la première création du monde, la terre fit d’abord pousser l’herbe fourragère, comme dit le texte (Gn 1,12) ; ensuite la pousse a donné une semence qui, répandue sur la terre, a fait lever la même espèce que celle qui croissait à l’origine. Or c’est bien cela, dit le Divin Apôtre (ndlr : Saint Paul), qui se produit à la résurrection. Il nous apprend non seulement que l’humanité y gagnera en magnificence, mais que l’état espéré est tout simplement la condition première. En effet au début, ce n’est pas l’épi qui vient de la semence, mais la semence de l’épi ; c’est après seulement que l’épi provient de la semence."

La logique de l’exemple montre clairement que tout le bonheur qui renaîtra pour nous à la résurrection est retour à la grâce originelle.

Épi, nous l’étions à l’origine, d’une certaine manière ; mais ensuite le feu du mal nous a brûlés. La terre qui nous reçoit, défaits par la mort, brandira de nouveau, au printemps de la résurrection, l’épi que sera devenu le grain tout nu de notre corps, grand, solide, droit et levé vers le ciel, paré, non de chaume ou de barbe, mais de l’incorruptibilité et des autres marques de la divinité. « Il faut en effet, dit Paul, que cet être corruptible revête l’incorruptibilité » (1 Co 15,53). Or l’incorruptibilité, la gloire, l’honneur, la puissance, propres à la nature divine comme chacun sait, enveloppaient auparavant celui qui fut créé à son image et c’est cela qu’on espère à nouveau. Le premier épi, c’était Adam, le premier homme (1 Co 15,45a). Mais la nature, avec l’entrée du mal, s’est fragmentée en une foule d’individus, comme il arrive au grain dans l’épi. Ainsi chacun de nous, dénudé de cette forme d’épi et mêlé à la terre, renaît à la beauté originelle dans la résurrection, et nous devenons, au lieu de l’unique premier épi, myriades infinies de champs de blé.

Or voici en quoi la vie vertueuse diffère du mal. Ceux qui, au long de cette vie-ci, se sont cultivés dans la vertu, revêtent aussitôt l’allure de l’épi parfait. Par contre chez certains, suite à la méchanceté de leur vie, la puissance de la semence psychique s’est dégradée en une graine abîmée et éventée - comme c’est le cas, au dire des spécialistes, des graines qu’on appelle « récalcitrantes ». Ceux-là, même si la résurrection leur donne naissance, encourront auprès du Juge une grande sévérité, parce qu’ils manquent de force pour retrouver la forme de l’épi et devenir ce que précisément nous étions avant de tomber en terre.

Le traitement qu’appliquera le gérant des récoltes consistera à rassembler le chiendent et les ronces qui ont grandi avec la semence (Mt 13,30) : car toute la force nutritive de la racine s’est coulée dans une plante bâtarde, tandis que la véritable semence est demeurée atrophiée et chétive, étouffée par la pousse inutile. Quand tout cet élément bâtard et étranger aura été arraché de la plante nourricière pour disparaître dans le feu qui dévore ce qui est contre nature, alors leur nature aussi prospérera jusqu’à porter du fruit. Ainsi soignée pendant de longues périodes, elle retrouvera un jour la forme commune dont Dieu nous a revêtus à l’origine.

Bienheureux ceux qui, en naissant de la résurrection, aussitôt se lèveront dans la beauté parfaite de leurs épis. »

(L’âme et la résurrection, Dialogue avec sa sœur Macrine, paragraphes 146-148).

Bientôt nous allons voir autour de nous les « myriades infinies de champs de blé ». Puissent-elles être le reflet de nos âmes, et nous rappeler sans cesse ce à quoi nous sommes appelés !

1. (Lc 8,40-56)
2. (Lc 7,11-17)
3. (Jn 11,1-44)
4. (1 R 17,17-24)
5. (2 R 4,8-37)
6. (Ac 9,36-42)
7. (Ac 20,7-12)