Mercredi 18 février 2015

Un chemin d’espérance

Editorial du lien 78

Monseigneur Henri Brincard, Evêque du Puy en Velay
18 novembre 1939 - 14 novembre 2014
Un chemin d’espérance

Monseigneur Henri Brincard a quitté notre terre, le vendredi 14 novembre pour entrer dans la vie éternelle. Ses obsèques ont été célébrées le 19 novembre dans la cathédrale du Puy en Velay, dont il était évêque depuis le 2 octobre 1988. Il était entouré du Cardinal Barbarin, de trente évêques et de plus de cent prêtres. Le 18 novembre il aurait eu 75 ans et prévoyait, selon les règles de l’Eglise, de remettre sa démission au Saint Père.

Au cours de sa maladie, Monseigneur Brincard a continué à gouverner son diocèse, manifestant l’alliance que l’évêque a contracté avec son peuple le jour de son ordination épiscopale - alliance qui signifie les épousailles du Christ et de l’Eglise.
Il aimait la famille - la sienne - son attachement à ses parents, à son frère et à ses soeurs, à ses neveux et nièces. Il aimait sa famille religieuse, les Chanoines Réguliers de Saint Augustin (Congrégation de Saint Victor) où il était entré après les études.
Il aimait son diocèse, le peuple de Dieu que l’Eglise lui avait confié comme Pasteur - avec une prédilection très spéciale pour les prêtres. Ce diocèse était terrien. Monseigneur Brincard aimait à dire que le diocèse du Puy en Velay était le diocèse des hautes terres. Il ne contient pas les plus hauts sommets, mais l’altitude moyenne des terres est la plus haute de France.

Cela a peut-être contribué à tisser des liens profonds entre l’évêque du Puy et les Journées Paysannes. Il est vrai qu’un autre pays plus plat et au climat plus doux avait déjà réuni Mgr Brincard à la terre, à la vigne et à l’autre extrémité de la Loire : c’était l’Anjou, son pays natal. Son ordination épiscopale date de 1988. Quelque temps après, apparaissaient les premiers germes des Journées Paysannes. Les plus anciens parmi nous se rappellent les questions que nous nous posions. Est-il bon de bâtir une nouvelle association qui aide les familles à commencer ou à poursuivre une vie paysanne ? De nombreux indices au début des années 90 ne prédisaient-ils pas la fin des paysans ? Ne risquait-on pas de gaspiller nos forces et notre énergie pour une cause perdue ?

C’est dans ce contexte que Mgr Brincard, me recevant à l’évêché du Puy, me déclara : « La Providence suscite cette association pour nourrir l’Espérance paysanne. » Dans le même moment, nous étions éclairés sur ce sens de l’Espérance, en méditant le chapitre 2 de la Genèse au verset 15 : « Dieu plaça l’homme dans le jardin d’Éden pour qu’il le cultive et qu’il le garde. » La parole de Dieu étant pour tous les temps et pour tous les lieux, elle s’adresse à nous pour notre temps à l’aube du XXIe siècle.

Voilà comment les Journées Paysannes sont nées et ont grandi. Leurs racines, c’est la Parole de Dieu et la grâce de l’Eglise exprimée par les mots de Monseigneur Brincard. Au milieu d’un apparent déclin, de nombreuses détresses de familles paysannes, allant jusqu’à entraîner le suicide de certains de ses membres, nous sommes destinés à proclamer hautement et à vivre l’Espérance - en cultivant et en gardant la terre pour nourrir tous les hommes et pour participer à la beauté de la Création.

Quelle action de grâces sommes-nous invités à chanter en évoquant quelques étapes d’espérance que l’évêque du Puy a parcouru pour nous et avec nous. Aux journées de Souvigny de février 2004, il nous a entretenu du lien à construire entre la terre et la pauvreté évangélique. En 2005, il nous avait invités avec un empressement cordial à participer au Jubilé de Notre Dame du Puy. C’est un privilège du diocèse du Puy de célébrer un grand Jubilé les très rares années où le Vendredi Saint tombe le 25 mars, jour de l’Annonciation. Monseigneur Brincard s’était enthousiasmé à la pensée de célébrer à la fois l’Incarnation de notre Seigneur dans le sein de la Vierge Marie et la rédemption de nos péchés par la mort de Jésus sur la Croix pour notre salut.
Les 25 et 26 juin 2005, les familles paysannes de notre association étaient au Puy et le dimanche, Mgr Brincard lui-même nous accompagnait dans la démarche jubilaire centrée sur la cathédrale. Ce fût un temps où nous étions invités à accueillir la grâce jubilaire par un retour à Dieu, un approfondissement de la foi, par un renouveau des cœurs et de l’esprit missionnaire.
« Accueillez l’Amour de Dieu qui est miséricorde, et repartez remplis de joie et d’espérance. »

Evoquons encore, tout près de nous, la journée régionale d’Auvergne, qui eut lieu près de Langeac le dimanche 22 septembre 2013. Nous étions quarante dans une petite ferme tenue par un ermite. C’était là que Mgr Brincard est venu nous rejoindre pour méditer avec nous sur le sens profond du métier de paysan aujourd’hui dans la lumière de l’Espérance. Puis-je aussi rappeler un souvenir personnel ? C’était le jour de l’éclipse totale du soleil. Nous étions, ma femme et moi, en prière dans la cathédrale du Puy. Le soleil s’était levé comme d’habitude, puis dans le milieu de la matinée, la nuit quasi complète est revenue. Sortant sur la place du For qui jouxte la cathédrale et où se trouve l’évêché, j’entendis une voix vigoureuse et joyeuse venant de la terrasse de l’évêché, qui m’appelait par mon nom. Levant les yeux, j’aperçus dans la pénombre le visage de Mgr Brincard sorti pour contempler cette éclipse extraordinaire. Ce fut une joie immense : de cette nuit, au milieu du jour, nous attendions avec certitude le retour du soleil : symbole de l’Espérance, de l’Amour et de la Vie.

Au mois d’octobre 2013, Monseigneur Brincard a fêté ses noces d’argent : 25e anniversaire de son ordination sacerdotale. Il s’agit bien de noces - ce signe du Pasteur qui donne sa vie pour son Eglise.
2014 fut l’année de la longue épreuve, au milieu de laquelle Monseigneur Brincard continua à gouverner son diocèse jusqu’au dernier jour - coïncidant presque avec la date où il devait remettre son diocèse.
Quelques jours auparavant, Marthe Robin était déclarée vénérable par le pape François, et en même temps commençait la grande neuvaine de neuf mois de prière pour la France du 15 novembre au 15 août 2015. Le 15 août, si cher à Monseigneur Bincard, où chaque année une immense procession parcourt les rues de la ville jusqu’au sommet de la cathédrale Notre Dame du Puy - toute proche de la statue gigantesque de Notre Dame de France.

Quelques semaines avant sa mort, Monseigneur Brincard avait écrit à un groupe de jeunes en pèlerinage à la cathédrale du Puy. Il leur disait que ses jambes ne lui permettaient pas de le porter, mais que son cœur était avec eux pour leur dire : « En avant ! Marchez dans l’Espérance. » En 2016, à nouveau, le Vendredi Saint tombera le 25 mars, jour de l’Annonciation - et après, je crois, il faudra attendre plus d’un siècle pour que cet événement se renouvelle. Déjà Monseigneur Brincard avait jeté les premiers jalons de cette nouvelle année jubilaire - qu’il bénira du haut du Ciel.

Après le chant du Miserere mei Deus (Psaume 50), la messe des funérailles de Monseigneur Brincard dans la cathédrale du Puy, bondée des fidèles, s’ouvrit par ce chant :
« Celui qui aime a déjà franchi la mort,
Rien ne pourra le séparer de l’amour du Christ vivant !
Si notre faim de ta Parole a nourri nos corps brisés,
Devant toi, Seigneur, nous aurons le cœur en paix.
Si notre soif de la lumière nous a fait franchir la peur,
Devant toi, Seigneur, nous aurons le cœur en paix.
Si le désir de ton visage nous a fait crier ton nom
Devant toi, Seigneur, nous aurons le cœur en paix.
Si l’espérance de ta gloire nous a fait tenir debout,
Devant toi, Seigneur, nous aurons le cœur en paix. »

Monseigneur Brincard avait préparé et choisi les textes de sa Messe de funérailles - extraits du livre de la Sagesse, de l’épître aux Hébreux, et de l’Evangile de Jean :
« Alors Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » »
St Jean 6, 53-56

Le cardinal Philippe Barbarin, très lié d’amitié à Monseigneur Brincard, présidait la sainte messe et prononça l’homélie, montrant comment le pain et le vin de l’Eucharistie sont sur cette terre le signe visible et vivant de l’Espérance : « Je crois à la Résurrection de la chair et à la vie éternelle. » Sans doute alors à la fin de la messe, aucun fidèle ne fut étonné d’entendre chanter par la maîtrise de la cathédrale l’Alléluia extrait du Messie de Haendel. Mystère de la communion des Saints, Alléluia !

NDLR : Les circonstances ont amené la rédaction à demander à Jean-Louis Laureau de rappeler les liens qui unissaient Monseigneur Brincard aux Journées Paysannes. La suite de l’éditorial de l’automne 2014 (Lien n°77) sera poursuivie dans celui du printemps 2015 (Lien n°79).