Billet spirituel - Septembre 2019

Vendredi 13 septembre 2019

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« Observez les oiseaux du ciel » (Mt 6, 26)

Le paysan est, par excellence, l’homme de la terre. Il en est sorti. Il la cultive et s’en nourrit. A sa mort, elle recevra son corps dans l’attente de la résurrection bienheureuse. Mais le paysan n’est pas rivé à la terre. A la différence des bêtes, l’homme a une âme spirituelle. Sa station debout élève sa tête vers le ciel. Pour lui, pour le paysan en particulier, la terre est le chemin du ciel. La terre et tous ses habitants, dont il est l’espèce la plus noble. La création matérielle tout entière, dont il est si proche, lui parle de Dieu. Les oiseaux en particulier sont pour lui un message éloquent du Très-Haut. Le Bon Dieu les lui a donnés pour lui manifester la sagesse et la hauteur de ses pensées, pour lui montrer le chemin du ciel.

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Observez les oiseaux du ciel

 », dit Jésus. « Ils ne sèment ni ne moissonnent, mais votre Père du ciel les nourrit. » (Mt 6, 26). Ils nous invitent à la confiance filiale en la divine Providence. « Aux petits des oiseaux, Dieu donne la pâture » (Jean Racine, Athalie, II, 7 ; cf. Psaume 103, 12, 27-28) Si Dieu s’occupe d’humbles passereaux privés d’intelligence et de libre arbitre, à plus forte raison viendra-il en aide aux êtres créés à son image et ressemblance. L’oiseau, guidé par son instinct, sait trouver le lieu de sa pâture. A nos yeux, il manque parfois de discernement ! Ainsi l’agriculteur doit se défendre des volatiles qui s’approvisionnent dans son champ et mangent par avance sa future récolte. Jésus avait d’ailleurs mis en garde le semeur de la parabole : le grain tombé sur le bord du chemin sera bientôt picoré (Mt 13,4) et ne produira pas de fruit. Le cultivateur place des épouvantails dans son champ ou se fait chasseur pour un temps. D’autres mettent l’oiseau en cage. L’homme apprend à discerner. Car les oiseaux ont aussi un rôle favorable dans l’équilibre des vivants. On se rappelle le corbeau qui « apportait du pain le matin » au prophète Elie (1 Rois 17,6). De même, la colombe de Noé lui ramena un rameau d’olivier, signe de la paix retrouvée entre la terre et le ciel.

«  Observez les oiseaux du ciel  », dit Jésus, écoutez-les chanter. Le paysans averti sait reconnaître le chant particulier de chaque espèce. Chacun a ses mélodies, ses trilles favorites ; certains annoncent l’arrivée du printemps, d’autres le temps qu’il va faire. Dans Le Réveil des Oiseaux, le compositeur Olivier Messiaen a retranscrit leurs chants, tels qu’ils se succèdent et s’entremêlent entre minuit et midi. On entend tour à tour la chouette, le rossignol, l’alouette, le rouge-gorge, le merle et le pinson… L’œuvre se termine par l’appel du coucou, à midi, l’heure de l’angelus. Les oiseaux ne sont-ils pas pour nous les messagers de Dieu ! Puisse le travail paysan devenir un chant d’amour harmonieux élevé à la louange du Créateur. La voix de l’homme Lui est bien plus agréable que le chant des oiseaux. Avant l’arrivée des tracteurs et des bruits mécaniques, les paysans chantaient dans les champs leurs airs favoris. Tôt le matin, entraînés par leurs compagnons ailés, leurs chants se répondaient, presque d’une colline à l’autre. Et souvent leur chant devenait prière.

«  Observez les oiseaux du ciel  », dit Jésus. Ils indiquent notre destinée humaine qui dépasse l’horizon terrestre. Quand ils prennent leur envol gracieux dans l’azur du matin, ils annoncent à l’homme qu’il devra un jour quitter cette terre et s’élancer lui aussi vers son Très-Haut et puissant Seigneur, bien au-delà de la couche d’ozone… L’oiseau monte, mais redescend vers son nid. Il construit sa maison sur cette terre. Il lui manque l’esprit qui lui permettrait de viser plus haut. Pour les humains, pour ses disciples du moins, Jésus construit une demeure dans les cieux : son propre corps ressuscité. Jésus est ce grain de sénevé tombé en terre, sur le Calvaire ; il a germé devenant un grand arbre s’élevant dans les airs et attirant tout à Lui. Les oiseaux humains viennent se nicher dans ses branches, se blottir dans son cœur. « Le passereau a trouvé une maison et l’hirondelle un nid pour abriter ses petits : tes autels, Seigneur, mon Roi, mon Dieu » (Ps 83, 4).

«  Observez les oiseaux du ciel  », dit Jésus. Ils sont messagers de la grande espérance. Comme l’oiseau protège du danger ses petits sous ses ailes, de même le Seigneur, comme un grand Oiseau, « couvre de ses ailes » son fidèle. Il lui offre « sous son pennage un abri sûr contre l’oiseleur. » (Psaume 90, lu chaque soir à Complies). De l’image biblique, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a tiré cette parabole de la vie spirituelle : « Je me considère comme un faible petit oiseau couvert seulement d’un léger duvet ; je ne suis pas un aigle, j’en ai simplement les YEUX et le COEUR car malgré ma petitesse extrême j’ose fixer le Soleil Divin, le Soleil de l’Amour… Le petit oiseau voudrait voler vers ce brillant Soleil qui charme ses yeux… Hélas ! tout ce qu’il peut faire, c’est de soulever ses petites ailes, mais s’envoler, cela n’est pas en son petit pouvoir ! Que vat-il devenir !mourir de chagrin se voyant aussi impuissant ?… Oh non ! le petit oiseau ne va même pas s’affliger. Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil ; rien ne saurait l’effrayer, ni le vent ni la pluie, et si de sombres nuages viennent à cacher l’Astre d’Amour, le petit oiseau sait que par delà les nuages son Soleil brille toujours, que son éclat ne saurait s’éclipser un instant… Aussi longtemps que tu le voudras, ô mon Bien-Aimé, ton petit oiseau restera sans forces et sans ailes, les yeux fixés sur toi, toujours il veut être fasciné par ton regard divin, il veut devenir la proie de ton Amour… » Les ailes protectrices du Grand Aigle (Jésus-Christ) deviendront alors un point d’appui. « Un jour, j’en ai l’espoir, Aigle Adoré, tu viendras chercher ton petit oiseau, et remontant avec lui au Foyer de l’Amour, tu le plongeras pour l’éternité dans le brûlant Abîme de Cet Amour auquel il s’est offert en victime… »

Merci Seigneur pour les oiseaux du ciel. Vous les avez créés pour agrémenter notre séjour terrestre de leurs couleurs et de leurs chants. Il nous appellent à la louange éternelle, dans votre Cour céleste, à l’ombre de vos ailes.

Un prêtre en paroisse

Photo de Irina Iriser provenant de Pexels

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