Mardi 15 octobre 2019

Billet spirituel - Octobre 2019

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Mois d’octobre : Mois de la mission

Pour parler de la mission, commençons par regarder cette invitation qui nous est faite. En effet les Journées paysannes invitent ses membres à partir en pèlerinage à Lourdes le mois prochain. Comme pour sainte Bernadette, c’est la Vierge Marie qui dit à chacun (2ème apparition) « Voulez-vous me faire la grâce de venir ici pendant trois jours ? ». Pour Bernadette c’était non pas 3 mais 15 jours ! Parce que la Vierge Marie aime chaque membre des Journées paysannes, elle invite, ceux qui le peuvent, à venir la rencontrer. Ce « Voici ta Mère » de Jésus en croix, adressé à St Jean, le disciple que Jésus aimait, doit résonner dans le cœur de chacun en entendant cette invitation.

Invité parce qu’aimé par notre Mère, il s’agit alors de prendre Marie chez nous comme l’a fait le disciple bien aimé.

C’est dans la mesure où nous prenons Marie chez nous, que nous devenons pleinement apôtre à la suite de Jésus. Saint Jean est un apôtre plein de zèle pour le Royaume de Dieu, il demandera même à Jésus d’envoyer le feu sur un village qui ne veut pas les recevoir. Jésus lui fera comprendre qu’il est venu jeter un feu sur la terre, pas de même nature que celui qu’il a réclamé, et combien ce feu il voudrait qu’il soit déjà allumé. C’est le feu de l’Esprit saint qui jaillira de la Croix, du cœur blessé de l’Agneau, que St Jean recevra et qui sera donné charismatiquement à la Pentecôte. Nous savons que quand Marie est là, l’Esprit saint est là.

« Le disciple l’a pris chez lui » : St Jean est l’apôtre envoyé en mission avec et par Marie. Qu’est ce que cela veut dire être envoyé en mission pour l’homme à qui Dieu confie le soin de cultiver la terre afin qu’elle porte tout son fruit (Gn 1) ? Est-ce justement quitter sa terre pour en parcourir d’autres et proclamer que le Royaume de Dieu est tout proche ? Pas d’abord car alors qui prendra soin de cette terre et de ces animaux qui lui sont confiés par le Créateur ? La rencontre nationale des Journées paysannes en février illustre bien cela car pour certains c’est un vrai dilemme entre le choix d’y venir et le choix de rester à la maison parce que c’est le temps des vêlages.

Jésus, l’envoyé du Père

Pour mieux comprendre ce sens de la mission il faut regarder ce que fait Jésus. La première chose est qu’il reste de sa naissance jusqu’à ses trente ans chez Marie et Joseph, ses parents alors que pour annoncer l’Evangile il aurait pu commencer à parcourir la terre d’Israël bien plus tôt. Qu’il ait 1 an ou 30 ans, Jésus est continuellement l’envoyé du Père. Par l’Incarnation Jésus est l’envoyé du Père pour glorifier le Père sur cette terre : « je t’ai glorifié sur la terre, en menant à bonne fin l’œuvre que tu m’as donné de faire » (Jn 17,4). C’est ici où la mission de l’Eglise trouve tout son sens, Jésus et nous à sa suite, sommes appelés à glorifier notre Père du Ciel.

La mission du paysan : cultiver la terre pour glorifier le Père

La mission du paysan est en tout premier lieu de répondre à ce commandement de Dieu «  Le Seigneur Dieu prit l’homme et le conduisit dans le jardin d’Éden pour qu’il le travaille et le garde » (Gn 2,15). Par cette obéissance le paysan glorifie le Père et répond en même temps à cette demande de Jésus avant de monter vers son Père : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, en Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Act 1,8). Oui, quand vous cultivez la terre et lui faites porter tout son fruit selon ce commandement de Dieu et avec la force de l’Esprit Saint, alors vous êtes vraiment témoin de Jésus et vous glorifiez le Père.

Le Pape François disait lors de son voyage au Maroc en mars dernier que la mission de baptisés n’est pas déterminée « par le nombre ou par l’espace que nous occupons, mais par la capacité que l’on a de produire et de susciter changement, étonnement et compassion.  » Puis il rajoutera « (…) le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. »

Le paysan qui a pris à cœur de vouloir répondre au désir de Dieu dans ces deux premiers chapitres de la Genèse peut susciter « le changement, l’étonnement et la compassion » dans le cœur de l’homme de notre siècle qui est souvent coupé de Dieu parce qu’il cherche sa propre gloire et non celle de Dieu.

Un pasteur disait : «  avant tout, la mission consiste à traverser la frontière entre la foi et son absence ». Quand vous cultivez la terre vous êtes appelés selon le dessein de Dieu, à faire cette jonction entre la terre et le Ciel, entre création et Créateur, entre le cœur de l’homme et le cœur de Dieu.

Chers paysans, posez-vous la question, en ce mois de la mission, qu’est-ce qui dans ma manière de cultiver le sol et dans ma manière d’être vont permettre à l’homme d’aujourd’hui de briser cette frontière entre la foi et son absence et donc de reconnecter la créature à son Créateur ?

C’est à Marie, notre Dame du Rosaire, que nous demandons qu’elle intercède pour tous les paysans de France afin qu’ils découvrent toujours plus ou retrouvent leur vocation première, celle de cultiver la terre et par là ils mettront le feu au monde, le feu de l’Esprit Saint.

Frère Eric

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