Billet spirituel - Octobre 2020

Lundi 23 novembre 2020

L’HOMME FACE A SA MORT : Ô MORT, OÙ EST TA VICTOIRE ? (Is25,8)

Dans quelques jours, le 25 octobre, une messe sera célébrée à Sainte Anne d’Auray, pour tous les paysans qui ont qui quitté cette terre de manière dramatique. Cette question de la mort des autres nous met face à notre propre mort. La réaction de l’homme face à la pandémie actuelle nous montre que l’homme d’aujourd’hui a une peur bleue de la mort et de sa propre mort en particulier. Il sait que sa vie terrestre a une fin inéluctable et qu’il doit affronter cette question pour la vivre plus sereinement. Montaigne disait « ce n’est pas la mort que je crains mais de mourir ».

La question de l’immortalité de l’âme

Devant ce drame qu’est la mort, l’homme se sent très pauvre et démuni : que se passe-t-il après ? Il n’en a pas l’expérience, aussi il ne peut que rester devant une interrogation, avec toutefois des brides de réponses, qu’il peut découvrir par la réflexion. Ces interrogations doivent permettre de savoir si en l’homme il existe une âme. Principe de vie, l’âme, qui plus est, est immortelle, car s’il y a absence d’âme immortelle alors la vie s’arrête définitivement à la mort de la personne mais s’il y a âme immortelle alors il y a séparation d’avec le corps. Mais que devient alors cette âme ? Bien malheureusement un fort courant idéologique tente à faire croire que l’âme immortelle n’existe pas et anéanti ainsi toute possibilité de croire au mystère de la résurrection.

Le chrétien face à la mort

En tant que chrétiens nous vivons de la foi, qui est la réponse de l’homme à Dieu qui se révèle. À la lumière de notre foi, nous recevons des vérités sur l’au-delà et le sens de la mort que notre intelligence livrée à elle-même ne pourrait pas atteindre. Mais même avec une foi chevillée au corps, la mort d’un proche peut être source de souffrance et de révolte. Les belles formules, quand nous sommes dans le deuil, ne servent en général pas à grand-chose. Avec le temps qui passe, cette mort qui était celle des autres va progressivement devenir notre propre mort. Elle reste le grand passage de la vie. Comme le dit l’adage, vivre, c’est apprendre à mourir : dès le début de notre existence, nous nous dirigeons vers son achèvement.

Cette question nous oblige à poser la question du salut. Tous les hommes se retrouvent égaux devant la mort : elle est irrémédiable et absolue. Mais si aucun homme n’échappe à la mort, va-t-il y demeurer ou bien ouvre-t-elle sur une autre vie ? Réfléchir à cette question permet d’envisager notre vie terrestre de manière différente : si nous ne sommes faits que pour cette vie alors mangeons et buvons car demain nous mourrons, disait St Paul. Mais s’il existe un au-delà de la mort, un bonheur impérissable, alors notre vie terrestre prendra une autre signification et c’est cette option que, chrétiens, nous choisissons. Mais alors guette le danger de mépriser cette vie terrestre et ses biens parce qu’il y a la vie éternelle qui nous attend. A Pellevoisin, lors de la deuxième apparition, en 1876, la Vierge Marie dira à Estelle Faguette, qui ne voulait plus rester sur cette terre, se sentant bien préparée : «  Ingrate, si mon Fils te rend la vie, c’est que tu en as besoin. Qu’a-t-il donné à l’homme sur la terre de plus précieux que la vie ?  ». Autrement dit, aimer notre vie terrestre du mieux possible c’est déjà anticiper notre entrée au Ciel, mystère de vie en plénitude.

La mort est une brisure et elle est d’autant plus lourde à porter que notre vie humaine est plus noble, plus humaine, plus profonde car on sait ce que l’on va perdre. Nous savons que la disparition d’un grand homme est une perte irréparable pour nous et pour l’humanité. Comme le dit le proverbe : « quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Il est certain que devant la mort il n’y a pas d’échappatoire possible et donc pas de tromperie possible : l’homme apparait dans sa vérité quand il se trouve devant la mort. Qu’il soit pape, chef d’Etat, milliardaire ou paysan, la mort confronte l’homme à la même vérité : vérité de nos liens humains, vérité de notre quête de sens. Saint Jean de la Croix dira « qu’au soir de cette vie, nous serons jugés sur l’amour ». Il ne restera pour l’au-delà que ce qui a été donné, ce qui a été gardé pour soi disparaitra.

La mort et la résurrection du Christ pour regarder notre propre mort

Pour entrer plus profondément dans ce mystère de la mort et de la vie éternelle, il faut regarder le mystère du Christ. Le Concile Vatican II dira : «  Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (GS n°22). L’Ecriture parle beaucoup de la mort et de son appel à la vie éternelle. Elle ne cesse de répéter que la mort, non voulue par Dieu, est une conséquence du péché originel (Sg1,3). C’est par la mort et la résurrection du Christ que notre mort prend un sens nouveau. Si Jésus a offert librement sa vie sur la croix (« ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne »), c’est pour glorifier le Père et nous sauver. Ainsi notre mort, vécue en Jésus, devient pour nous le moyen de vivre de l’offrande de tout notre être dans l’amour, pour la gloire de notre Père du Ciel et le salut de nos frères : «  il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn15,13).

Dans le film « Des hommes et des dieux », Michaël Lonsdale interprète d’une manière remarquable frère Luc face à son prieur en déclarant « qu’il n’y a pas de véritable amour de Dieu sans un consentement à la mort » puis il lui dira en partant « laissez passer l’homme libre ». C’est effectivement ce qui permit à ces moines de Tibérine de donner leur vie jusqu’au martyr : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul…  » (Jn 12,24).

Une vie éternelle qui n’est pas d’abord un après

Saint Jean dans sa première épître nous dit : « Bien aimés, maintenant nous sommes appelés enfants de Dieu et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que s’il vient à se manifester, nous serons semblables à Lui car nous le verrons tel qu’Il est » (1Jn3,2). Il ne faut pas voir la vie sur terre, la mort, la vie éternelle, comme quelque chose de chronologique. La vie éternelle c’est déjà maintenant, la mort n’a pas à venir mais est en quelque sorte derrière nous. C’est sans doute pour cela que Ste Thérèse de l’Enfant Jésus dira à la fin de sa vie terrestre : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie ». C’est parce que la vie éternelle est acquise depuis la mort et la résurrection de Jésus et que nous y sommes associés. C’est en Jésus que se trouve cette vie éternelle : «  Je suis la résurrection, qui crois en moi, même s’il meurt vivra (…) le crois-tu ? » (Jn11,25).

C’est par cette présence de Jésus en notre cœur que commence la vie éternelle : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » dira St Paul, et le Christ ressuscité !

La communion entre les vivants et les morts

Parce que cette vie éternelle n’est pas chronologique, nous pouvons dire que tous nos défunts sont dans une proximité étonnante avec nous, alors que souvent nous les considérons partis loin. Le Père Sertillanges O.P, disait : « On croit que la mort est une absence, quand elle est une présence secrète. On croit qu’elle crée une infinie distance, alors qu’elle supprime la distance en ramenant à l’esprit ce qui était dans la chair. Que de liens, elle renoue, que de barrières elle brise, que de murs elle fait crouler, que de brouillard elle dissipe, si nous le voulons bien. Vivre, c’est souvent se quitter ; Mourir, c’est se rejoindre. Ce n’est pas un paradoxe de l’affirmer. Pour ceux qui sont allés au fond de l’amour : la mort est une consécration non un châtiment…. Au fond, personne ne meurt, puisqu’on ne sort pas de Dieu. Plus il y a d’êtres qui ont quitté le foyer, plus les survivants ont d’attaches célestes. Le ciel n’est plus alors uniquement peuplé d’anges, de saints connus ou inconnus et du Dieu mystérieux, il devient familier. C’est la maison de famille, la maison en son étage supérieur, si je puis dire, et du bas en haut, le souvenir, les secours, les appels se répondent. »

La Vierge Marie : Notre Dame du bien mourir (abbaye de Fontgombault)

En ce mois qui est consacré à la Vierge Marie, demandons-lui de nous donner l’Espérance de vivre par notre travail de la terre et notre vie familiale de la vie du Ciel, de cette victoire de l’Amour de Jésus sur toutes les formes de mal et toutes les morts. Comme le disait le pape Benoit XVI, « Jamais le mal et la mort n’auront le dernier mot, jamais !  ».

Demandons aussi à la Vierge Marie la grâce de la Miséricorde pour tous les paysans qui en France sont morts par désespoir et aussi pour tous les autres, en particulier les membres des Journées Paysannes. Nous pourrions prendre cette prière pour eux et pour nous même : (C’est à l’abbaye de Fontgombault que se trouve une statue de notre Dame du bien mourir et cette prière qui lui est attachée).

« Notre-Dame du Bien-Mourir, Mère de Jésus et notre Mère, c’est avec la simplicité des petits enfants que nous venons à vous pour vous confier nos derniers instants et notre mort. Avec Jésus vous avez assisté Saint Joseph, votre époux lors de son trépas. Au pied de la Croix, vous avez reçu le dernier soupir de notre Sauveur, votre Divin Fils. Désormais, nous en avons l’assurance, vous êtes auprès de chacun de vos enfants, avec la sollicitude de votre cœur maternel, pour lui faire franchir le seuil de la mort et l’introduire dans l’éternité. Mais pour que nous puissions affronter dans la paix cette ultime épreuve, si rude à notre nature, soyez aussi pour nous Notre-Dame du Bien-Vivre.

Aidez-nous, nous vous en supplions, à demeurer fidèles, jour après jour, aux engagements de notre baptême, aux enseignements de la Foi, à la pratique de la Charité. Pour y parvenir nous nous appuyons avec la certitude de l’espérance qui ne déçoit pas, sur votre intercession toute puissante. Notre-Dame du Bien-Mourir, recevez déjà notre action de grâces que nous vous rediront éternellement, et daignez continuer à « prier pour nous pauvres pêcheurs maintenant et à l’heure de notre mort ». Amen. »

Frère Éric

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