Billet spirituel - Juin 2020

Jeudi 18 juin 2020

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Être présent à ce qui nous est donné

Le confinement a été une expérience très spéciale pour beaucoup d’entre nous, qui a bouleversé le quotidien même de ceux qui devaient continuer à travailler, et même de ceux qui sont habitués au confinement choisi de la clôture. Quand un monastère par exemple ne peut plus recevoir aucun hôte, ou ne peut plus vendre son fromage, il y a en réalité des répercussions dans la vie de tous les contemplatifs…

Certains ont pu attendre avec impatience le retour à la normale. Et voilà que le « déconfinement » n’est pas vraiment un retour à la normale. Se rencontrer en groupe, et se rassembler pour nos célébrations a été retardé… puis conditionné à des mesures sanitaires de distance, de gel, de masques… Peu à peu la maladie recule, mais nous sommes toujours dans l’incertitude, et nous commençons à voir les conséquences économiques terribles pour certains de ce confinement. Le monde agricole lui-même, que l’on pouvait croire préservé, est aussi durement touché.

C’est une période où nous pouvons être traversés d’une grande colère face aux mensonges et aux incohérences des autorités, et tout simplement face à une situation trop éprouvante, et que nous ne pouvons maîtriser, ni tout seuls, ni ensemble. Notre colère est nourrie aussi de notre anxiété, de nos peurs profondes, peur de la maladie, de l’échec et de la mort. Nous n’avons plus le même contrôle, nous ne savons pas bien ce que nous pourrons faire de nouveau et quand. Nous ne mesurons pas ce qui va changer du fait de cette crise. Nous ignorons tout-à-fait si l’on va pouvoir profiter de cet arrêt provisoire du système pour aller vers une économie plus locale et plus intégralement humaine, ou bien si au contraire les aberrations mondialistes vont se renforcer et se durcir.

Nous nous trouvons donc en situation de convalescence, voire de handicap. Dans la revue Ombres et lumières du mois de mai (n°235, p.15), Tugdual Derville soulignait que beaucoup de personnes handicapées n’ont pas attendu les mesures générales de confinement pour endurer les peines de distanciation sociale, de solitude, de privation, de perte de contrôle de leur agenda, etc. Et certaines de ces personnes nous montrent bien qu’il est possible de vivre toutes ces contrariétés avec simplicité, bien présents à ce qui leur est donné plutôt qu’obnubilés par ce qui leur manque.

Penser à recueillir ce qui nous est donné, penser à inventer ce que l’on peut encore donner dans cette situation de limites nouvelles, c’est au fond le chemin que doit prendre toute vie humaine en s’accomplissant dans le temps. Il ne s’agit pas de se résigner et de ne plus désirer, de ne plus rien attendre, mais de toujours préparer nos cœurs à la rencontre, d’être toujours prêts à la rencontre. Avec des inconnus, comme avec des proches, un moment éloignés. Avec nos semblables, plus ou moins semblables d’ailleurs, quand ils sont si différents de nous, au moins à nos yeux. Prêts à la rencontre avec Dieu aussi, à travers nos frères rencontrés (Dieu était présent et je ne le savais pas !), et au final, au moment de notre départ, à l’heure que lui seul connait.

Si nous ne travaillons pas intérieurement par la prière à accueillir la paix de l’Esprit Saint, nous nous retrouvons pleins d’amertume amère, et nous risquons de n’avoir que cela à donner. Ce n’est pas vivre la joie de se partager cela. Demandons donc au Seigneur son Esprit de paix intérieure. Prenons la peine d’observer que l’essentiel et la grâce sont toujours là, à notre disposition, que la charité est toujours possible et toujours féconde, au cœur même des dépouillements que la vie nous inflige. Disons au Seigneur avec confiance : « Oui, tu me guériras, tu me feras vivre : mon amertume amère me conduit à la paix » (Is 38,17).

Alors quand nous nous retrouverons, nous pourrons nous aussi avec un large sourire et une belle lumière dans les yeux nous dire les uns aux autres : Je t’attendais !

Fr. Jean-Etienne Long, o.p.

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