Saint Paul exhorte les Thessaloniciens (I Thessaloniciens 4,1- 7) à la pureté en écrivant « La volonté de Dieu, c’est votre sanctification, c’est que vous vous absteniez du péché de la chair et que chacun de vous sache maîtriser son corps dans la sainteté et le respect… Dieu, en effet, ne nous a pas appelé à l’impureté, mais à la sainteté dans le Christ Jésus notre Seigneur. »
Au chapitre 3e de la vie de saint Benoît (480-547) rédigée par le pape saint Grégoire le Grand (590-604), nous assistons à une scène aussi étonnante que marquante et importante, qui suit de manière rigoureuse l’exhortation de saint Paul citée plus haut.
Le jeune Benoît a déjà tout quitté, études et carrières prometteuses, famille et amis de bonne réputation et compagnie, pour, détaché des vanités de ce monde aussi frivoles que passagères, ne s’attacher qu’à Dieu seul. Dans les environs de Subiaco, il trouve une grotte propice et adaptée à une vie érémitique, vie solitaire cachée, faite de prière intense, nourrie de la parole de Dieu, vie qui au bout de quelques années seulement sera découverte par les bergers des environs, qui viendront recevoir de Benoît l’enseignement chrétien qui alimente leurs âmes, car, ayant puisé à la source unique de la vraie lumière et du vrai bonheur, il partagera volontiers son surcroît de doctrine évangélique pour faire aimer Dieu davantage.
Mais voilà que le tentateur, l’ennemi enragé et dévastateur, va essayer de déstabiliser cette vie si ancrée en Dieu par une tentation de la chair si violente que Benoît faillit tout abandonner, tellement la passion charnelle l’avait envahi. Il eut un sursaut de vigueur surnaturelle qui lui fit mener le bon combat avec ardeur, et non lâcher-prise avec lâcheté. Il se jeta tout nu dans un buisson épais de ronces, s’y roula pour s’y déchirer les chairs, si bien que le feu du désir impur fut éteint ; folie pour les hommes, sagesse de Dieu, et saint Grégoire d’écrire : « Les blessures de son corps avaient guéri celles de son âme. » C’est à partir de cet épisode héroïque que non seulement il obtînt une pureté intégrale et constante de cœur et de corps, mais qu’il devint un maître incontestable de vie spirituelle et surnaturelle. Des ronces jaillit donc la pureté. Quelques siècles plus tard, saint François d’Assise (1182-1226), et là, nous touchons à la délicatesse exquise des saints qui se succèdent en s’appuyant les uns sur les autres dans leur magnifique grandeur d’âme, saint François d’Assise donc viendra planter des rosiers à l’emplacement même où étaient les ronciers, manifestant par ce geste significatif la valeur exceptionnelle de ce fait de la vie de saint Benoît, mettant en pleine lumière la fécondité et la beauté de la pureté du patriarche des moines d’Occident.
Saint François lui-même aura une prédilection pour la vertu de pureté, conseillant de beaucoup prier pour l’obtenir et allant jusqu’à demander aux religieux de n’accorder qu’un temps restreint pour conseiller les dames pieuses, et uniquement dans la mesure où il s’agit de vraies questions de foi, ou pour confesser les pénitentes ; il les met en garde de manière stricte quant à leur attitude et surtout leur regard, qui doit être sous grande vigilance pour ne pas laisser prise au démon, lequel se charge d’utiliser les images restées dans la mémoire pour provoquer tentation et péché. Il n’y a là ni misogynie ni homophilie secrète, nous connaissons bien la collaboration active entre lui et sainte Claire pour la fondation de l’ordre des clarisses ; il ne s’agit que de bon sens surnaturel grevé de pudeur et de prudence, permettant à chacun d’être ce qu’il est. À notre époque où le fléau de la pornographie n’épargne presque personne, nous avons en saint Benoît et saint François d’Assise des protecteurs et intercesseurs de choix. Devenir leurs amis fidèles dans la prière, se mettre à l’école de leur spiritualité par l’étude attentive de leurs écrits et de leurs vies est un remède assuré pour, sinon ne plus chuter, du moins garder courage, force et confiance dans une lutte contre les péchés de chair qui ne cessera hélas pas.
Tous deux étaient de grands contemplatifs de la vie du Christ Sauveur, tous deux nous aident à vivre en bons chrétiens, avec une dévotion réelle et profonde pour Notre-Dame. Le Christ nous tire des ronciers. Notre-Dame offre à Dieu le Père en odeur de suavité les roses spirituelles que nous lui donnons par la récitation humble et continue de notre rosaire. Vive Jésus, vive Marie, vive la vie.
