Lundi 25 janvier 2010

Crise du lait - regards de femmes

par des agricultrices-consommatrices du Nord-Finistère

Il y a maintenant plus de 8 mois, naissait un collectif d’agricultrices consommatrices en colère dans le Nord-Finistère, en parallèle des mouvements syndicaux visant la grande distribution.

A l’époque, nous voulions interpeller nos politiques ainsi que nos responsables professionnels sur le profond désarroi que connaissaient un grand nombre d’hommes, de femmes ou de familles , vivant de l’agriculture. Au delà d’un appel, nous voulions aussi être force de proposition pour aider les agriculteurs et agricultrices à passer la crise. Au fil des semaines, nous avons ainsi rencontré nos élus locaux, nos représentants de l’état, avec des propositions de mesures constructives et simples à mettre en œuvre, pour peu qu’il y ait la volonté de maintenir les exploitants agricoles sur notre territoire. Force est de constater que nos demandes sont aujourd’hui sans réponse…..

A la même époque, nous avions été contactées par le président de l’APLI (association de producteurs de lait indépendants). Nous n’avions pas relayé son message, convaincues que nous n’irions jamais dans la crise laitière, tel que l’APLI le présageait dès décembre 2008. Nous avions tenté également de rentrer en contact avec les agricultrices allemandes initiatrices d’une grève de la faim ; aujourd’hui, ce message que nous vous adressons est diffusé également en Allemagne. Avec ces femmes qui ont osé mettre leur santé en danger pour interpeller les politiques, nous devons faire bouger l’opinion publique européenne !

Partout en Europe, quoiqu’on nous en dise, bon nombre d’agriculteurs ne peuvent plus payer leurs factures ou prélever un salaire. Les femmes sont doublement concernées car nous tenons aussi le budget famille, et cela devient carrément invivable, sans catastrophisme aucun.

Maintenant, nous voulons vous interpeller, vous agriculteur, agricultrice ou consommateur et consommatrice !

Le modèle économique ultra libéral qui est défendu par les instances professionnelles ou politiques françaises et européennes en place, est à bout de souffle ! Ce modèle tue les producteurs, dessert les consommateurs, et abîme la planète !!! Quel intérêt de continuer à produire du lait qui va être transformé en poudre, puis exporté hors Europe à coup de subventions, empêchant du coup le développement d’agricultures vivrières ailleurs ? Dans une réflexion économique globale, rémunératrice pour le producteur, sociale, et environnementale, nous devons être capables de produire en adéquation avec les besoins des marchés, mais dans une dimension européenne. Actuellement, en production laitière, le gouvernement et l’industrie laitière nous prônent en urgence extrême la contractualisation comme une solution miracle à la crise, alors que c’est un outil de gestion prix/volume pour un après quota. Pourquoi les productrices que nous sommes sont sceptiques ? Parce que c’est un outil franco-français, donc sans intérêt pour préserver les marchés nationaux des importations intra européennes, surtout dans la spirale du moins disant que nous connaissons… Seul un prix européen du litre de lait peut nous sortir de ce bazar noir !

Ce projet européen est défendu par l’APLI , avec une action forte, décriée ou plébiscitée, la grève du lait ; cette grève qui nous fait tous peur, est un appel des producteurs et productrices envers les politiques français et européens pour dire STOP ! LES PAYSANS N’EN PEUVENT PLUS. Le modèle en place nous dit de faire grossir la taille de nos exploitations, en ayant pour cela accepté de voir le voisin crever ; nous agricultrices, Nous n’en voulons pas !

Notre force aujourd’hui doit tenir dans notre capacité à nous fédérer au delà des réseaux traditionnels, nous, producteurs et productrices européens, afin de dire que nous voulons gagner dignement notre vie, sans mendier des subventions ou restitutions pour vendre des volumes…. Au fil du temps, nous fournissons aux consommateurs des produits de qualité à des prix compétitifs ; la spirale du moins disant du prix que nous subissons met en danger notre sécurité alimentaire , et notre environnement ! ! !

Une chose est sûre : plus nous serons nombreux et nombreuses à faire la grève, moins longtemps elle devra durer. C’est une lame de fond qui doit partir de la base ! Faut il attendre d’arriver en dessous de la barre des 200 €/1000 litres pour réagir ? alors que 400 €/1000 litres garantissent juste un SMIC horaire ?

Pourquoi vous interpeller par le biais de la presse ? Parce qu’à force de lever des foules de paysans et paysannes dans les campagnes, l’APLI-EMB dérange, au point que les pressions deviennent des menaces réelles pour les initiateurs du mouvement. Nous sommes en démocratie, nous avons le droit de nous exprimer sans subir de pressions politiques , professionnelles ou commerciales !

Consommatrices, rejoignez-nous lors des dons de lait. Nous aurons besoin de vous pour être écoutées. Ensembles et unies, nous avons moyen de faire bouger les choses pour laisser à nos enfants un modèle économique pérenne pour tous.

N’hésitez pas à nous contacter à l’adresse mail suivante : agricultrices-europennes chez laposte.net

Exemple de rémunération horaire d’un producteur de lait en fonction de son coût de production et son prix de vente :

Innocence de mes enfants (11 ans) : comment peut on être payé en négatif ? ? ? ? Que répondre à cela ….