Lundi 17 janvier 2011

Transmission

Edito du Lien n°62

Tout au long de l’année 2010, à l’occasion du 20e anniversaire, nous avons cherché à exprimer quelques traits de l’identité des Journées Paysannes : le regard sur la terre, l’humilité et la durée, l’Espérance.

Et puis nous sommes allés en pèlerinage à Sainte Anne d’Auray, en terre bretonne. On sait que Sainte Anne, la Mère de la Vierge Marie, est apparue à Yves Nicolazic, paysan laboureur, à partir de 1623. Il habitait un village de sept feux nommé Keranna, là où aujourd’hui se dresse la basilique du Sanctuaire.

Un pèlerinage du monde paysan à Sainte Anne, près de quatre siècles après les apparitions, que peut-il signifier ? Que peut-il signifier à l’heure où le petit reste des paysans semble exclu de la société urbaine, du monde économique libéral d’une vie marquée par la mobilité ? L’INSEE ne rappelle-t-il pas que l’agriculture représentait en France en 2009, 4 % de la population active et 2,2 % du PIB ?1

Le message de Sainte Anne nous éclaire. C’est un message qui nous enseigne la transmission ; c’est un message qui nous montre que tout se transmet par la famille : le don de la vie, le don de la foi, le don de la terre. Jésus, le Fils de Dieu, a pris chair de la Vierge Marie. Il a voulu grandir dans une famille Marie et Joseph. Et Marie est née au foyer d’Anne et Joachim. Ste Anne d’Auray, c’est la famille de Jésus.

« Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une soeur et une mère. » (Mt 12,49-50)

Tout dans le sanctuaire de Ste Anne d’Auray nous parle de la famille, comme pour nous dire que tous les plus grands biens se transmettent par la famille. On se rappelle que le message se poursuit de notre temps, puisque le Pape Jean-Paul II en 1996, lors de son voyage en France, avait choisi Ste Anne, pour y rassembler les familles.

Il y a eu le 14 Novembre à Sainte Anne, une très belle rencontre de familles. Des familles paysannes de Bretagne et de toutes les régions de France se sont retrouvées avec leurs évêques – non seulement ceux qui étaient présents Mgr Centène, évêque de Vannes qui présidait, Mgr Aillet, évêque de Bayonne et Mgr Madec, évêque émérite de Fréjus-Toulon – mais aussi tous ceux qui avaient tenus à manifester leur soutien et leur prière, parmi lesquels Mgr Gourvès, évêque émérite de Vannes, retenu par sa santé.

Mgr Centène_évêque de Vannes
Mgr Centène_évêque de Vannes

Le soleil et le ciel bleu, après la tempête et la pluie des jours précédents, ont été comme un signe de bénédiction. Et au moment où l’évêque de Vannes affirmait la vocation paysanne comme une vocation d’éternité, le Pape Benoît XVI sur la place St Pierre s’adressait aux agriculteurs italiens en méditant sur le travail agricole et en adressant « un appel très fort à une révision profonde du modèle de développement économique global […] Ce me semble être le moment d’un appel à ré-évaluer l’agriculture non dans un sens nostalgique, mais comme une ressource indispensable pour l’avenir. » 2

L’agriculture est à la croisée des chemins.

  • La pensée dominante du pouvoir économique et politique, de la pensée mondialiste, est de considérer la production agricole comme une production industrielle. Pour eux, il faut produire l’alimentation mondiale avec les capitaux, les grandes surfaces, dans les zones les plus favorables, avec les machines faisant le travail, les intrants engrais, pesticides et semences sans cesse améliorés par les laboratoires et les firmes et le minimum de main d’œuvre.
  • L’autre direction, c’est la pensée paysanne. Elle s’appuie sur la fécondité paysanne des siècles, mais d’abord sur la parole de Dieu, les premiers chapitres de la Genèse, l’Évangile, la doctrine sociale de l’Église. Elle utilise les découvertes de la science quand elles servent la connaissance de la terre et de la vie. Elle considère la production agricole comme une économie du local : pays, région. La terre ne se délocalise pas. Elle nourrit tous les hommes mais d’abord ceux qui la cultivent, qui la connaissent et qui la respectent. Elle a besoin d’un grand nombre de paysans qui ont le souci de la transmettre de plus en plus fertile aux générations qui suivent. Œuvre immense d’éducation où le patrimoine de l’histoire paysanne reçu de nos ancêtres a une fonction prophétique pour l’avenir des pays riches comme des pays pauvres.

On lira dans les pages qui suivent3 le texte de Mgr N’Koué, évêque de Natitingou au Bénin. Il montre d’une manière admirable dans le contexte de son pays comment l’éducation des jeunes à la terre et à la fois est la source du développement intégral et du bonheur des hommes.

Voilà Noël. En contemplant l’enfant de Béthléem dans la Crèche, nous pourrons rendre grâce pour tout ce qu’Il nous transmet : la vie divine de la Sainte Trinité à laquelle nous sommes appelés – et aujourd’hui, comment Il nous invite à transmettre cette terre qui nous est donnée, la vie et la Foi.

1. Source : L’agriculture est-elle utile ? J.B. Noé dans « Liberté politique » n°50. Sept 2010
2. cf « Benoît XVI plaide pour le travail agricole » p. 17
3. p. 52 dans le Lien ; n’hésitez pas à vous abonner si vous désirez en savoir plus !