Mardi 8 novembre 2011 — Dernier ajout mercredi 9 novembre 2011

Recensement agricole, météo et ouverture des fenêtres

Edito du Lien n°65

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meules foin

La France Agricole dans son numéro du 23 septembre nous livre un premier aperçu du recensement agricole 2010. Le premier graphique, très bien présenté, est impressionnant, d’autant plus qu’il correspond à ce qui était murmuré depuis un temps auprès de ceux qui, de moins en moins nombreux, s’intéressent encore à l’agriculture. Ainsi d’après ce tableau, on serait passé de 1.016.000 exploitations agricoles, d’une surface moyenne de 31,5 ha en 1988 à 490.000 d’une surface moyenne de 55 ha en 2010, soit une diminution de 526.000 représentant plus de 50% en 22 ans.

En complément de ces chiffres, impressionnants par eux-mêmes, on peut évaluer la perte des terres agricoles dans notre pays pendant cette même période à 5 millions d’hectares, soit près de 230.000 ha par an qui seraient passés de l’agriculture à d’autres usages (urbanisation, industrialisation, autoroutes, TGV, loisirs, etc.).

1988, c’est quatre années avant la mise en place de l’OMC (1992), l’organisation mondiale du commerce, cinq années avant la première réforme de la PAC (1993) alignant les prix agricoles sur les cours mondiaux et instituant les primes. C’est aussi, nous oserons le dire malgré l’immense disproportion d’échelle, la période où vont s’élaborer les prémisses des Journées Paysannes. Ainsi ce qui était annoncé au moment de l’OMC et de la réforme de la PAC s’est hélas réalisé, soit en moyenne une disparition de 25.000 exploitations par an en France.

Ces quelques chiffres doivent être éclairés par des démographes, des sociologues, des économistes. Mais déjà ils révèlent une situation bouleversante : 60 à 70 exploitations agricoles en moyenne, ont disparu chaque jour en France depuis vingt ans. Qui s’en soucie ? Qui en parle ? Qui même en prend conscience pour en analyser les causes et en mesurer les conséquences ? La crise économique, la crise écologique que nous vivons n’ont-elles pas une partie de leurs racines dans cet exode ?

Le ciel s’est obscurci. L’orage menace. On ne s’y attendait pas. Et pourtant ! C’est alors que nous a été donné, cet été, l’image de Madrid. L’orage, la pluie, le silence du Pape et des multitudes de jeunes qui adorent la Sainte Eucharistie. Le Seigneur, Créateur et Sauveur, est maître du temps et de l’histoire.

Dans nos travaux de terriens, nous savons encore l’importance du temps, le temps qui passe et le temps qu’il fait. Le temps qu’il faut et aussi l’eau qui doit tomber du ciel pour que le grain germe, pour que l’herbe pousse ou pour que le raisin mûrisse. Mais parfois la météo est imprévisible. Dieu est le maître du temps et de l’histoire : c’est le temps de l’adoration. L’adoration va permettre enfin pour chacun et pour la société de sortir de soi et d’ouvrir les fenêtres.

Benoit XVI JMJ Veillee du Samedi
Benoit XVI JMJ Veillee du Samedi

C’est dans un contexte complètement inattendu pour des paysans que Benoît XVI parlant à la fin de septembre dans l’enceinte du Bundestag à Berlin, invite le monde entier à sortir des murs de la raison raisonnante et de l’emprise de la pure technologie, pour ouvrir enfin les fenêtres et prendre un grand bol d’air frais. Voici ses paroles :

« La raison positiviste, qui se présente de façon exclusiviste et n’est pas en mesure de percevoir quelque chose au-delà de ce qui est fonctionnel, ressemble à des édifices de béton armé sans fenêtres, où nous nous donnons le climat et la lumière tout seuls et ne voulons plus recevoir ces deux choses du vaste monde de Dieu. Toutefois nous ne pouvons pas nous imaginer que dans ce monde auto-construit nous puisons en secret également aux « ressources » de Dieu, que nous transformons en ce que nous produisons. Il faut ouvrir à nouveau tout grand les fenêtres, nous devons voir de nouveau l’étendue du monde, le ciel et la terre et apprendre à utiliser tout cela de façon juste.

Mais comment cela se réalise-t-il ? Comment trouvons-nous l’entrée dans l’étendue, dans l’ensemble ? Comment la raison peut-elle retrouver sa grandeur sans glisser dans l’irrationnel ? Comment la nature peut-elle apparaître de nouveau dans sa vraie profondeur, dans ses exigences et avec ses indications ? […]

L’apparition du mouvement écologique […] bien que n’ayant peut-être pas ouvert tout grand les fenêtres, a toutefois été et demeure un cri qui aspire à l’air frais […]. Des personnes jeunes s’étaient rendu compte qu’il y a quelque chose qui n’allait pas dans nos relations avec la nature ; que la matière n’est pas seulement un matériel que nous pouvons utiliser, mais que la terre elle-même porte en elle sa propre dignité et que nous devons suivre ses indications. […] L’importance de l’écologie est désormais indiscutable. Nous devons écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. »

Puissions-nous aux Journées Paysannes entendre ces paroles : « écouter le langage de la nature et y répondre avec cohérence. » Nous recevons-là un appel pressant à poursuivre, amplifier, activer nos chantiers trop timidement commencés :

  • l’observation paysanne et scientifique de la terre, pour la connaître, pour nous soumettre aux indications, à l’ordre que le Créateur y a placés, afin qu’elle puisse remplir sa fonction de nourricière de tous les hommes et d’éducatrice à la sagesse et à la culture de la vie
  • la lecture, l’écoute, la mise en pratique de l’enseignement de la doctrine sociale de l’église, afin d’être aidés à pratiquer une écologie conforme à la Création pour la terre et pour l’homme.

Pour nous, travailler à ces chantiers, c’est répondre à l’enseignement de St Paul : « Caritas Christi urget nos », « la charité du Christ nous presse ». Pour nous fortifier dans cette voie, évoquons quelques évènements :

  • les entretiens de Valpré qui ont eu lieu le 4 octobre à Ecully près de Lyon sur « Foi et économie ». « Nous avons besoin d’entrepreneurs inspirés » déclare Ghislain Lafont sur la page de couverture de Famille Chrétienne. Nous, nous disons aussi : nous avons besoin d’une grande inspiration paysanne qui permette à de nombreux jeunes de retrouver le sens de la terre en pouvant élever leur famille et nourrir tous les hommes. Les saints fondateurs évoqués par les entretiens de Valpré – St Bernard, Ste Thérèse d’Avila, St Ignace, St Maximilien Kolbe, St Josemaria – peuvent aussi intercéder pour que le Seigneur suscite en notre siècle des saints paysans et des saints moines. Nous ne pouvons évoquer ces entretiens de Valpré sans penser aux Journées de juillet 2007 où notre association avait été chargée par l’ICRA de Rome de recevoir et de participer au séminaire d’étude européen sur « l’agriculture, le développement rural et le dialogue social ». Que le grain germe à nouveau !
  • la revue « Liberté politique » dans son numéro 54 de septembre dernier consacre un dossier à « la place du don et de la gratuité dans l’économie » dans la suite de l’enseignement de l’encyclique « Caritas in veritate » de Benoît XVI. Il n’y est guère question d’agriculture. Saurons-nous trouver les moyens pour y suppléer ?
  • enfin le dernier bulletin des amis de Van présente l’amitié qui avait lié le Cardinal François-Xavier Nguyen Van Thuan au jeune Marcel Van. Marcel Van est mort à 31 ans, le Cardinal, beaucoup plus âgé, en 2004, après avoir vécu, déjà évêque, treize ans dans les prisons communistes du Viet Nam. Tous deux sont en voie de béatification. Marcel Van, religieux rédemptoriste, a souffert persécution et a été dans une relation intime avec Ste Thérèse de Lisieux qui lui a montré les liens entre la France et le Viet Nam. Comme la France est la fille aînée de l’église, l’église au Viet Nam est la fille aînée de l’église qui est en Asie. Nous ne pouvons oublier l’accueil que nous avait réservé le Cardinal Van Thuan en 1999 alors qu’il était à la tête du dicastère Justice et Paix à Rome. C’est à lui que cinq membres des Journées Paysannes avaient remis le texte de « la Supplique à l’église » qui est comme le germe de notre mission sur la place de la terre et de la vie paysanne dans l’économie sociale du monde d’aujourd’hui.

Prions Marcel Van et le Cardinal Van Thuan d’intercéder pour que nous soyons fidèles !

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