Lundi 25 janvier 2010

Pistes de réflexion sur la manipulation du génome et l’utilisation des OGM

lors de la Journée Régionale de Provence, le 22 nov 2009.

Par frère Philippe (Communauté Saint Jean), qui termine un Master de 3è cycle en bioéthique

Cette année, le thème de notre rencontre était « cultiver la terre, notre mère nourricière ».

Cette notion de « culture » : s’entend par les moyens techniques et pratiques avec lesquels nous tirons sa fécondité de la terre pour obtenir les produits qui nous font vivre, et aussi, notre culture, notre environnement historique et éthique dans lequel nous mettons en œuvre tous ces moyens.

Pendant la matinée, le frère Philippe, diacre de la Communauté St Jean, qui termine un Masters de 3e cycle en bioéthique, nous a donné des pistes de réflexion et de partage sur la frontière morale, la ligne rouge de la manipulation du génome et, d’autre part, sur les risques et l’encadrement dus à leur utilisation.

1- Manipulation du génome

Le génome est une pelote d’ADN qui constitue le noyau de chacune de nos cellules, une molécule filière de près d’un mètre cinquante de long, un chapelet de gènes producteurs de protéines toutes différentes.

La manipulation génétique consiste à rechercher et à identifier le gène qui produit telle protéine que l’on cherche à utiliser, à le prélever et à l’incorporer dans un autre génome.

Avant de se poser la question du bien ou du mal fondé de cette modification du génome, il convient de se persuader que le génome n’est pas la vie (les cadavres sont pleins d’ADN). La vie fait l’ADN, ce n’est pas l’ADN qui fait la vie. Autrement dit, c’est l’âme et non la matière qui fait la vie. Le créationnisme considère les transformations artificielles du génome comme un blasphème puisque l’homme cherche à supplanter Dieu en modifiant la vie. Mais il ne faut pas perdre de vue que l’amour qui nous est donné par Dieu, est de nature divine. Dieu nous donne cette part de divinité pour « pro-créer » avec lui, alors que les constructeurs de Babel, héritiers du péché originel, veulent devenir Dieu tout seuls.

De même, la Loi Naturelle est différente de la loi de la nature. La Loi Naturelle est une connaissance qu’on peut découvrir sans la grâce de la révélation, elle fait de nous des êtres à part dans le monde du vivant, elle nous donne prédominance sur la matière. Ainsi, l’homme est un paysan, un artisan, un artiste… qui sait tirer de la matière du bon et du beau ! Il ne faut pas fermer la porte à la recherche et à l’expérimentation sur le génome car ici, on ne touche pas à la vie mais on transforme la matière.

Dans sa création, Dieu confie à l’homme quatre missions :

    • transmettre la vie
    • partager son Amour : caritas et éros
    • rechercher et communiquer la vérité dans la matière
    • parfaire la création qui est bonne mais imparfaite, en devenir.

Quand « Dieu vit que cela était bon », ça veut dire qu’il a fait le gros du boulot, mais qu’il nous faut le perfectionner avec Amour et par Amour.

« Celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais ; et il en fera même de plus grandes… » (Jn14,12).

2- Utilisation des OGM

Par contre, dans leurs applications, les OGM doivent inspirer la plus grande prudence, voire méfiance.

En effet, l’homme est créé à l’image de Dieu, il est à part dans le monde du vivant. Il est donc primordial de combattre fermement tout fantasme de fabrication de surhomme ou de sous-homme. En revanche, il est fabuleux d’espérer guérir des « enfants-bulles » grâce à des cellules souche dont on a modifié les gènes déficients. De même, lorsqu’on implante un gène « insuline » à une bactérie Escherichia coli, elle sait produire cette protéine nécessaire au traitement du diabète.

Mais que penser des OGM en agroalimentaire, présentés comme une solution au problème de la faim dans le monde ?

  • En y regardant de plus près, il semble bien que l’origine du mal ne soit pas une question de productivité mais de justice dans la répartition des moyens et de détournement des espaces de production.

La solution n’est donc pas dans un miracle technologique mais dans une prise de conscience politique. Tant que la gouvernance agricole mondiale de la nébuleuse onusienne s’appuiera sur la société civile (c’est-à-dire les puissances financières et économiques), la famine et le gâchis perdureront. Seules, des politiques locales , volontaires et démocratiques sont à même d’apporter des solutions concrètes et efficaces à cette injustice scandaleuse qu’est la malnutrition.

  • Le dernier problème des OGM est leur toxicologie.

Car on ne sait pas encore localiser l’implantation du nouveau gène qu’on introduit dans le génome (on ne sait pas exactement ce qu’on fait et ce qu’on fabrique) : il peut se mettre à produire des protéines toxiques ou allergènes. Le risque est alors d’autant plus dangereux que les pouvoirs politiques locaux sont inféodés à des entités de gouvernance qui laissent à la discrétion des laboratoires qui produisent les OGM, le soin d’en assurer l’expérimentation. Il y a là un véritable problème de crédibilité des différentes études produites.

  • Enfin, une dernière suspicion fait que nous nous rangeons, pour l’instant, dans l’opposition à la culture de végétaux génétiquement modifiés. Cela à cause du risque de la diffusion de tels gènes par des cousinages entre variétés, et du fait qu’on ne sache pas encore en estimer les effets sur l’environnement.