Vendredi 30 décembre 2011

Noël, le cycle liturgique et le Lien

Edito du Lien n°66

C’est un privilège de nos pays d’Europe d’être rythmés par les quatre saisons : printemps, été, automne, hiver. Les Journées Paysannes ont choisi de faire paraître leur bulletin de liaison quatre fois par an, manière pour elles de célébrer les saisons  : les jours et les saisons, les travaux et les jours.

Chaque jour, chaque saison sont déjà des occasions de contempler et de relier.

Contempler

chaque année l’alternance progressive des jours et des nuits : les jours qui s’allongent alors que l’hiver commence, et les nuits qui redeviennent plus longues alors que le soleil est au zénith.

Saint Jean Baptiste que l’on fête le 24 juin déclare : « Il faut qu’Il croisse [Jésus] et moi que je diminue. » (Jn 3,30)

C’est la nuit où l’on aime, dans les campagnes, allumer les feux de la Saint Jean.
C’est la joie de la nuit la plus courte, la naissance de Jean, six mois avant celle de Jésus, la lumière qui annonce la transition entre l’ancienne et la nouvelle alliance, les foyers de lumière et d’amour qui jaillissent déjà de la terre et qui annoncent Jésus.

Relier

les hommes entre eux et les relier à Dieu. Le feu, la joie, la danse autour du feu qui rassemblent les familles de la terre pendant la nuit de la Saint Jean ; le chant des anges qui annoncent aux bergers la nouvelle de Noël :

« Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur. Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qui ont sa faveur. » (Lc 2, 8-14)

Le Lien de Noël, le Lien des quatre saisons, trouve sa raison d’être dans la religion : Dieu s’est fait homme dans le sein de la Vierge Marie ; Dieu non seulement a créé l’homme, mais il s’est lié à l’homme en naissant de l’une de ses créatures – mystère de Noël.
En naissant à Bethléem (de l’hébreu : « maison du pain »), Il a réuni les hommes entre eux, il a lié les hommes entre eux en se faisant le pain pour tous. Nous aimons cheminer dans la nuit vers l’église où se rend tout le peuple de nos paroisses, où à la suite des bergers, il va adorer l’Enfant de la crèche, devenu pour les siècles Eucharistie.

A quoi d’autre peut tendre le Lien des Journées Paysannes que de prolonger dans nos maisons cette communion de Noël ou de chaque dimanche ? S’il veut continuer d’exister, le Lien doit d’abord « s’ancrer dans la grande tradition catholique », selon la belle formule utilisée par Jean Sévillia. Les paysans sont aujourd’hui dispersés ; le Lien peut contribuer à les rassembler. Le Lien, dans la presse catholique, n’est qu’une petite semence. Mais qui doit grandir grâce aux relations que nous contemplerons entre les saisons et le cycle de l’année liturgique.

Comment peut-il grandir ?

Voici quelques suggestions.

  1. D’abord en le faisant connaître ; en continuant avec persévérance, comme nous le faisons déjà, à donner des adresses, en ayant le souci d’en distribuer et d’en parler au cours de nos journées régionales.
  2. Plus encore, en connaissant le Lien, mieux qu’à travers une lecture rapide. En communiquant de maintes manières avec la rédaction : en commentant des articles parus, en suggérant des articles ou des livres, ou mieux encore, en proposant l’écriture de quelques lignes ou de quelques pages.
  3. Mais c’est aussi, en faisant du Lien, un reflet de la vie paysanne d’aujourd’hui. Le Lien de l’homme à la terre est la troisième alliance proposée à l’homme par le Créateur. Or cette alliance propose la contemplation des choses visibles pour atteindre les réalités invisibles.

A quoi cela nous conduit-il ?
A l’équilibre d’un sommaire de chaque numéro entre le politique et le spirituel, entre la doctrine sociale de l’église et l’évangile :

  • le politique, c’est à dire toute la conduite des choses temporelles : l’agronomie et l’élevage, l’économie et l’écologie, la famille et la commune…
  • le spirituel avec la liturgie, la connaissance de l’évangile, la vie des saints, la méditation du catéchisme de l’église catholique.

Le Lien est l’expression du lien de l’homme à la terre. Il tient dans la presse catholique un créneau unique. Partout se lèvent des initiatives qui tendent à rapprocher l’homme de la nature. Le Lien des Journées Paysannes peut contribuer à donner une âme à ces initiatives, un sens à notre vie. Le Lien de l’homme à la terre dans la perspective de la Création, telle qu’elle nous est présentée dans les deux premiers chapitres de la Genèse, participe au grand courant de la culture de vie, de l’évangile de la vie, au sens où la terre est la matrice de la vie. Ainsi la participation à l’écriture, à la lecture, à la diffusion du Lien, nous permet d’entrer dans le grand mouvement de la nouvelle évangélisation, voulue par Benoît XVI.

Noël nous rassemble autour de la Crèche ; que le Lien nous rassemble tout au long des saisons pour annoncer au monde, par notre travail et par notre prière, que le Fils de Dieu s’est incarné dans notre terre pour nous sauver ! En regardant nos terres verdir avec le blé qui lève (le blé de Noël), nous repassons dans notre cœur le verset prophétique des psaumes : « La vérité germera de la terre » (Ps 85,11a)

Celui qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6a) est né de la Vierge Marie.