Mardi 30 avril 2013

Méditation du mois de mars 2013

par le père Jean Tribut, diocèse d’Avallon (89)

La terre, la foi, données pour devenir don

Dans l’Évangile de saint Marc au chapitre 4 nous lisons : Voici que le semeur est sorti pour semer (v. 3). Selon l’endroit où il est tombé, le grain a été mangé par les oiseaux (v. 4), il a été brûlé par le soleil (v. 6), il a été étouffé par les ronces (v. 7), ou bien ce grain a donné du fruit (v. 8).
Jésus, ici, compare la terre à chacun de nous. Il dit que la semence est la Parole de Dieu.
Retenons de ce texte deux mots : terre et semence. Tous les deux sont don.

Le don de la terre et de la semence.

Dieu fait don de la terre à l’homme, à tout homme. Elle est un bien pour l’homme. Par ses ressources, elle est ce milieu de vie donnant à l’homme sa nourriture. Elle est confiée à l’homme.
Quel dommage, alors, pour l’homme lorsqu’il fait de cette terre un bien personnel, un bien pour lui ! Il en oublie son origine : le créateur. Il en oublie sa destinée : elle est pour tous.

Le pape Benoît XVI dit : « La nature est à notre disposition non pas comme ‘un tas de choses répandues au hasard’ (Héraclite d’Éphèse, 535 avant Jésus-Christ), mais au contraire comme un don du Créateur qui en a indiqué les lois intrinsèques (= dont la valeur essentielle est à l’intérieur de ces lois), afin que l’homme en tire les orientations nécessaires pour « la garder et la cultiver » (Gn 2,15) (cf : L’Amour dans la Vérité, Benoît XVI, 2009, n° 48).

La terre s’offre à la semence que le semeur répand sur elle. Elle s’ouvre pour se laisser féconder par une semence qui en elle donnera la vie. La terre offre ce qu’elle est : son état pierreux, sa pauvre fertilité comme sa richesse nourricière.
De même, la semence est offerte à la terre. Elle tombe sur le terrain pierreux, au milieu des ronces, sur la bonne terre. En cette terre, en ce milieu de vie, les grains, la semence, se développeront. Ils ne pourront donner du fruit qu’à condition de mourir, « Si le grain tombé en terre meurt, il donne beaucoup de fruit » (Jn 12,24).

C’est bien la rencontre de ce double don, celui de la terre se donnant à la semence, celui de la semence se donnant à la terre, qui est signe d’espérance de fruits nouveaux.

Quelle belle image pour nous !

A la manière de la terre, que notre vie soit don, soit ouverture et accueil à cette semence qu’est la Parole de Dieu.
Que notre vie soit ouverture aux dons de Dieu. Se donner en toute confiance à Dieu, c’est permettre à sa grâce, à son amour, à sa parole de venir prendre place en nous et s’épanouir.
La rencontre de ces deux dons, le don de nous-mêmes, le don de Dieu, porte des fruits, d’abord des fruits de rayonnement de l’amour, ensuite les fruits du témoignage de notre foi, de notre fidélité à la Parole de Dieu.

Nous savons bien que la terre que nous sommes est pauvre : il y a des mauvaises herbes, celles qui envahissent pensées et cœur, celles qui mangent notre temps ; il y a la dureté du sol pierreux, celle de la fermeture, de la critique, de l’égoïsme, de l’orgueil ; il y a cette terre parfois difficile à travailler, celle du manque de souplesse en nous-mêmes…
Mais il y a aussi la bonne terre, celle de la confiance, de la recherche de la vérité, de la paix, de la lumière, du dialogue, de l’ouverture à l’autre… Lorsque cette bonne terre s’ouvre à la Parole de Dieu, l’accueille et se donne à elle, ou bien lorsqu’elle s’ouvre fraternellement à la présence des autres, à leur joie comme à leur peine, alors, il y a le beau fruit d’un amour contagieux et rayonnant, un amour qui porte le fruit de la foi, du partage et de l’espérance. Si cette attitude d’ouverture et d’accueil est exigeante, elle procure, néanmoins, beaucoup de joie.

Le don de la foi et sa croissance.

« La foi est un acte personnel : la réponse libre de l’homme à l’initiative de Dieu qui se révèle » (Catéchisme de l’Eglise Catholique n° 166).
Pouvoir dire que nous croyons en Dieu est donc à la fois un don – Dieu se révèle, il vient à notre rencontre – et un engagement, une grâce divine et une responsabilité humaine, dans une expérience de dialogue avec Dieu qui nous parle : « Dieu parle aux hommes comme à des amis » (Vatican II, Dei Verbum n° 2).
« Dire ‘Je crois en Dieu’ signifie fonder sur lui ma vie, laisser sa Parole l’orienter chaque jour, dans les choix concrets, sans avoir peur de perdre quelque chose de moi » a dit Benoît XVI lors de l’audience générale du 23 janvier 2013.
La foi est don (de Dieu) et réponse (de l’homme). Pour la recevoir et la faire fructifier, elle doit se faire don. « La foi grandit lorsqu’on la partage » (Jean-Paul II).
« La foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et connaître des réalités qu’on ne voit pas » (Hébreux 11,1).

A partir de ces citations, voici une méditation pour nous aider à rencontrer Dieu.

Par la foi, qui se fait réponse à l’initiative du Seigneur, chacun possède déjà ce qu’il espère. Si nous espérons voir notre vie fructifier dans la vérité, dans la confiance, dans la charité, demandons à Dieu de faire grandir en nous la foi, comme les apôtres le lui ont demandé (Mc 9,24), alors ce que nous espérons nous sera donné.

La foi nous fait connaître des réalités que nous ne voyons pas.
Par exemple, nous ne voyons pas toujours tout ce que nous avons reçu de Dieu, tout ce que nous recevons jour après jour de la vie, de notre expérience, de nos lectures, de nos rencontres. La foi qui est relation à Dieu, à soi-même et aux autres, la foi qui se nourrit de la Parole de Dieu, nous donne la lumière qui éclaire notre conscience et nous « fait voir » ce que nous sommes, ce que sont les autres, ce que nous apporte toute la création. A la manière de Zachée qui veut « voir Jésus » et qui monte sur un arbre pour cela, notre foi met en nous le désir de « voir Dieu » (cf Luc 19,3-4). C’est le désir le plus profond de l’homme : contempler, voir, « Celui par qui tout s’est fait » (Jn 1,3). Ce même saint Jean affirme : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour atteint en nous sa perfection » (1Jn 4,12). Dieu est rendu visible par l’amour que nous avons les uns pour les autres.

Si nous gardons pour nous-mêmes notre foi, elle ne peut pas s’épanouir, elle s’étiole, comme une plante sans terre, sans eau. Si nous partageons notre foi avec d’autres, si nous en témoignons, elle ne peut que grandir. Notre foi grandit et se renouvelle également dans la rencontre et le dialogue avec les autres.

Partager notre foi avec d’autres, c’est difficile ! Nous pouvons être incompris, critiqués, rejetés. Certains ont même été martyrisés. Il y a toujours une mort lorsque nous témoignons de ce que nous croyons : mourir à notre peur, mourir à notre amour propre, mourir à notre repli sur nous-mêmes. Nous le savons, toute cellule (biologique) qui veut se multiplier voit une part d’elle-même mourir. Mort et vie sont inscrites dans la nature : le grain meurt pour donner une épi. Mort et vie sont présentes dans tout témoignage de notre foi.

Nous vivons, ce mois de mars, le Mystère pascal de Jésus, sa passion-mort-résurrection. Il ouvre pour nous un chemin. Le disciple que nous sommes n’est pas au-dessus de son maître qu’est Jésus, il marche à sa suite. La présence du Christ en notre bonne terre nous donne force, confiance et espérance. Avançons avec courage dans la joie de Pâques, dans la joie de la résurrection du Christ, dans la joie de notre résurrection. Confions à Dieu la bonne terre que nous sommes. Il saura, l’ensemencer de sa Parole, et, par l’action de l’Esprit Saint, la faire fructifier.