Jeudi 30 mai 2013

Méditation du mois de juin 2013

Agir pour la création par la prière et la conversion

« Avant toute activité et toute transformation du monde, il doit y avoir l’adoration. Elle seule nous rend véritablement libres ; elle seule nous donne les critères pour notre action. »
(Benoît XVI, Discours à la Curie, 22 décembre 2005)

St Grégoire : Homélie 29 sur les Évangiles. Extrait des matines de l’Ascension (9è lecture).

« Allez dans le monde entier ; prêchez l’Évangile à toute créature. » Fallait-il donc, mes frères, prêcher le Saint Évangile à des objets inanimés, ou à des animaux sans raison, pour que le Seigneur dise ainsi à ses disciples : « Prêchez à toute créature. » Non, bien sûr ! C’est l’homme qu’on désigne par l’expression « toute créature ». Car si les pierres existent, elles ne vivent pourtant pas, et elles n’ont pas de sensations. Si les herbes et les arbres existent, s’ils vivent même, ils n’ont cependant pas de sensations ; ils vivent, dis-je, non par un souffle animal, mais par une force végétale, puisque Paul affirme : « Insensé ! Ce que tu sèmes ne reprend pas vie s’il ne meurt auparavant. » (1 Co 15, 36).

Ce qui meurt pour reprendre vie, vit donc. Ainsi, les pierres existent, mais elles ne vivent pas. Les arbres existent, ils vivent, mais ils n’ont pas de sensations ; les animaux sans raison existent, ils vivent, ils ont des sensations, mais ils ne peuvent juger. Les anges, eux, existent, ils vivent, ils ont des sensations et ils peuvent juger. Or l’homme possède en lui quelque chose de chacune de ces créatures : être lui est commun avec les pierres, vivre avec les arbres, avoir des sensations avec les animaux, comprendre avec les anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute créature, il est en quelque manière toute créature. Par conséquent, prêcher l’Évangile au seul homme, c’est le prêcher à toute créature, puisque c’est l’enseigner à celui pour qui tout sur terre a été créé, et à qui rien de ce qui existe n’est étranger, du fait qu’il présente quelque similitude avec tout le reste.

Mgr Dominique Rey : Peut-on être catho et écolo ? Lettre pastorale (extraits).

L’homme est fait pour chanter la louange de Dieu et le bénir, c’est son office sacerdotal, qu’il remplit au nom de toutes les créatures inanimées. La splendeur de la création manifeste la gloire de Dieu, sa beauté éveille en lui une admiration mêlée d’émerveillement. […] « Qu’il est grand ton nom par toute la terre » (Ps 8, 2).
Cette attitude est aussi appelée crainte révérencielle, liée au don de l’Esprit Saint, crainte filiale qui permet de reconnaître et d’aimer Dieu comme Père. Si St François d’Assise appelle la lune, les étoiles ou l’eau sœur, le soleil, le vent ou le feu frère, c’est parce qu’il appelle Dieu Père ! […] Celui qui aime Dieu le loue à travers toutes ses œuvres. De même, il les respecte et en prend soin, conscient d’avoir reçu un don précieux. […]

L’Église a une responsabilité envers la création, en particulier à cause de son expertise en humanité : pour que s’établisse la paix avec la terre, l’écologie de l’homme doit être préservée et respectée. Mais l’homme ne se réconciliera avec l’environnement que lorsqu’il redécouvrira la dignité et la grandeur de sa vocation : être fils de Dieu. Il n’y a pas d’écologie véritable sans une conversion du cœur de l’homme vers celui de son Créateur et Seigneur. La première des tâches qui doit occuper l’Église est celle de rendre Dieu à l’homme, retrouver et réaffirmer son primat. « Il y a le désert de l’obscurité de Dieu, du vide des âmes sans aucune conscience de leur dignité ni du chemin de l’homme. Les déserts extérieurs se multiplient dans notre monde, parce que les déserts intérieurs sont devenus très grands. C’est pourquoi les trésors de la terre ne sont plus au service de l’édification du jardin de Dieu, dans lequel tous peuvent vivre, mais sont asservis par les puissances de l’exploitation et de la destruction. » [1] […]

Parmi toutes les « attitudes écologiques », la plus urgente est sûrement celle de l’adoration. Revenir à Dieu, vivre de manière radicale en relation avec lui, le mettre à la première place, c’est commencer ce travail de restauration de toute la création. Il commence dans le cœur de l’homme.

« L’Eucharistie est toujours célébrée, en un sens, sur l’autel du monde. Elle est un lien entre le ciel et la terre. Elle englobe et elle imprègne toute la création. Le Fils de Dieu s’est fait homme pour restituer toute la création, dans un acte suprême de louange, à Celui qui l’a tirée du néant. »
(Bienheureux Jean-Paul II, Lettre encyclique Ecclesia de Eucharistia, 8)

[1Benoît XVI, Homélie, 24 avril 2005.