Jeudi 25 août 2011

Les puits

par Emmanuelle FRANCOIS

L’eau …quand elle ne tombe pas du ciel, nous allons la chercher dans la terre… Eau de pluie, eau du puits, ont-elles les mêmes vertus ? Parfois, on pense être à sec, complètement à sec, et voilà ce qu’on ne savait pas : des milliers de m3 d’eau dorment sous nos pieds…

Comme dit le psaume :

« Heureux l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, il est comme un arbre planté près du cours des eaux, qui donne du fruit en son temps, dont le feuillage ne se flétrit pas. »(psaume 1) « il ne craint pas une année de sécheresse, elle ne l’empêche pas de porter du fruit ».

Heureux les pays qui, menacés par la sécheresse, peuvent compter sur l’eau du puits sans craindre qu’elle ne fasse défaut ! Mais encore faut-il le savoir, que l’eau est sous nos pieds, pour aller la chercher…(qui ne connaît pas la dramatique histoire de Jean de Florette, par Marcel Pagnol ?!) .

Si nous ne l’avions pas bien compris ou retenu depuis le Lien de cet hiver, voici de nouveau Origène qui nous le révèle :

« Chacune de nos âmes contient un puits d’eau vive, il y a en elle (…) une image de Dieu enfouie. C’est ce puits que les puissances adverses ont obstrué de terre. »

Les puits de notre âme ont besoin d’un puisatier qui les creuse ; il faut les nettoyer, il faut déblayer tout ce qui est terrestre pour que les nappes de pensées raisonnables que Dieu y a enfouies émettent des filets d’eau pure et sincère. Tant que la terre recouvre les nappes d’eau et obstrue le courant secret, l’eau pure ne peut pas couler ; c’est pourquoi il est écrit que « les enfants d’Abraham creusent des puits » et que « les Philistins les comblaient et les recouvraient de terre ». Mais Isaac qui avait hérité de son père, « recreusa les puits et déblaya la terre » que « dans leur haine » les Philistins avaient jetée par-dessus l’eau.

Maintenant qu’est venu notre Isaac (le Christ ), accueillons son avènement et creusons nos puits, rejetons-en la terre (…) nous trouverons en eux l’eau vive, cette eau dont le Seigneur dit : « Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive jailliront de sa poitrine » ;

Car il est là, le Verbe de Dieu, et son opération actuelle est d’écarter la terre de votre âme à chacun, pour faire jaillir votre source. Cette source est en vous, et ne vient pas du dehors, car « le Royaume de Dieu est en vous ».

Nous avons remarqué aussi dans la Genèse, d’où ce récit est tiré, que pendant la vie d’Abraham, les Philistins n’ont pas osé combler les puits ni y jeter de la terre ; à sa mort, ils relevèrent la tête et s’attaquèrent à ses puits ; mais dans la suite ils sont restaurés par Isaac et remis en état. D’autre part, lors de son voyage pour marier Isaac, c’est auprès des puits que le serviteur d’Abraham trouve Rébecca dont le nom signifie « patience », ce n’est pas ailleurs qu’auprès d’un puits qu’elle devient la femme d’Isaac. Quand Jacob vient en Mésopotamie pour obéir à l’ordre paternel de ne pas prendre femme hors de son peuple ou de son sang, c’est auprès des puits aussi qu’il trouve Rachel. Et Moïse trouve Séphora auprès des puits.

Si tu as compris qui sont les épouses des saints, si toi aussi tu veux épouser la patience, la sagesse et les autres vertus qu’elles représentent, et en dire ce qui est dit de la Sagesse : « je l’ai cherchée pour l’épouser », fréquente assidûment, assiège constamment ces puits et tu trouveras là une pareille épouse. Car c’est auprès des eaux vives, c’est–à–dire auprès des courants de la Parole vivante, que résident assurément toutes les vertus ».

On ne cherche plus tellement de nos jours les épouses auprès des puits, et même, il nous faut une vraie sécheresse pour prendre la mesure de l’importance d’un puits, mais tout est grâce… et peut-être que celle que nous venons de subir nous aidera à mieux prendre conscience de cette richesse qui nous habite et à laquelle nous allons si peu puiser…