Lundi 3 mai 2010

En Inde, Monsanto reconnait que les insectes résistent au coton OGM Bt

Pour la première fois au monde, Monsanto a reconnu que des insectes avaient développé une résistance à sa semence coton Bt.

C’est une étude des cultures dans la région de Gujarat en Inde qui a permis de découvrir que la semence Bt n’est plus efficace contre la larve du Pectinophora gossypiella, insecte ravageur du coton contre lequel le coton Bt de Monsanto est sensé lutter.

En novembre 2009, les scientifiques de Monsanto ont détecté que les larves de Pectinophora gossypiella survivaient de façon inhabituelle. En janvier et février, des échantillons pris dans les champs ont été testés dans les laboratoires de Monsanto. Il a été confirmé que le Pectinophora gossypiella résiste maintenant à la protéine pesticide dans 4 districts du Gujarat.

Maintenant que Monsanto reconnait l’inefficacité de son coton Bt contre certains insectes, il propose, avec un cynisme certain, aux paysans indiens de passer à sa nouvelle génération de semence OGM pour repousser cette résistance, le tout nouveau Bollgard II.

Les agronomes et les opposants aux OGM répliquent que la proposition de Monsanto est ridicule. « Le Bollguard II ne génère pas de nouvelle toxine », a dit G.V. Ramanjaneyulu du Centre pour une Agriculture Soutenable. « C’est simplement qu’en tant que nouveau produit, le Bollguard II demandera un peu plus de temps au ravageur pour développer sa résistance. De toute façon la toxine Bt n’est active que pendant 90 jours alors que le ravageur arrive tard dans la saison. »

« Tout le battage médiatique autour de l’efficacité du Bt est maintenant obsolète… Cela prouve que l’on ne peut rester à l’abri des ravageurs… à partir de cette approche à courte vue » a déclaré Kavitha Kuruganti de la Mission Kheti Virasat.

Mais les soucis du coton Bt ne s’arrêtent pas là. Il y a quelques semaines, un scientifique de l’Institut Central de recherche sur le coton de Nagpur, le Dr Kranthi, déclarait que le coton Bt avait contribué à l’utilisation de dangereux pesticides et que de nouveaux insectes détruisaient maintenant le maïs.

Rappel du contexte :

Autorisées depuis 2002 en Inde, ces cultures OGM recouvrent aujourd’hui 90% des surfaces cotonnières du pays. Pas franchement étonnant puisque Monsanto promettait au chaland de tripler ses rendements, jusqu’à 1500 Kg par hectare, et de réduire les coûts de production en limitant les quantités de pesticides épandues.

Las, le miracle tant attendu n’a pas eu lieu. Il tourne même au cauchemar.

    • Les semences OGM coûtent aujourd’hui près de cent fois plus cher que les graines classiques.
    • En 2009, le rendement moyen était de 512 Kg par hectare, bien loin des promesses de Monsanto. Et il ne cesse de chuter, d’année en année.
    • Les résistances développées par les ravageurs obligent en outre les agriculteurs à multiplier les épandages d’insecticides (comme aux Etats-Unis d’ailleurs), jusqu’à 13 fois plus qu’auparavant dans certaines régions, selon Vandana Shiva, une physicienne devenue militante de la défense de l’environnement.
    • Et autant de frais supplémentaires : +30% en moyenne entre 2007 et 2009.
    • Plus de 200.000 paysans indiens se sont suicidés au cours de la dernière décennie, selon les statistiques du gouvernement. Un fléau souvent attribué à l’endettement des agriculteurs ayant opté pour la biotech.

Source : http://www.thehindu.com/2010/03/06/stories/2010030658401400.htm