Vendredi 28 novembre 2008

Les OGM ? Pour quoi ? Pour qui ?

Quelques réflexions sur l’utilisation des OGM et PGM en agriculture, et des arguments concernant leur refus.

OGM : Organismes Génétiquement Modifiés : plantes, micro organismes et animaux.

PGM : ne concernent que les plantes : Plantes Génétiquement Modifiés.

Chimères : être vivant créé artificiellement par greffe ou fécondation, et aujourd’hui par transfert génétique, à partir de deux cellules, embryons ou organes d’espèces différentes

Rappel de la problématique posée. Il n’est question que des OGM concernant la production agricole : plantes ou animaux ; Il n’est pas question des cultures de bactéries OGM en containers, fabriquant certaines médicaments, et ou la dissémination est impossible.

Les objectifs déclarés des firmes proposant et soutenant les OGM sont :

améliorer la quantité de produits agricoles alimentaires et autres ;

diminuer la quantité de pesticides utilisés ;

améliorer certaines qualités nutritives des plantes (cas du riz doré génétiquement modifié pour être plus riche en carotène, …, mais du coup plus pauvre en vitamines E et autres substances nutrivives).

Ceci dans l’objectif final de diminuer la faim dans le monde. Cet objectif est évidemment très louable et non contestable. C’est d’ailleurs celui de l’agriculture depuis le début de l’humanité.

Les partisans des OGM affirment que ceux ci seraient aujourd’hui indispensables pour atteindre cet objectif… ?

Un autre argument des partisans des OGM est de faire fabriquer des « molécules médicaments » par les plantes génétiquement modifiées (exemple : molécule anti-cancéreuse par le tabac).

Donc dans cette logique, l’utilisation des OGM, relève bien d’un moyen pour atteindre un objectif, et non d’un but en soi …

I ) Recension des inconvénients connus .

1) Incertitudes sur les effets sur la santé humaine. Il n’y a effectivement pas de preuve formelle d’effets négatifs, mais des présomptions sérieuses : - il semble que des possibilités d’ allergies existent, …

  • la création « accidentelle » d’une souche hypervirulente d’une bactérie (ou autre micro organisme est toujours possible

2) Dissémination de plantes ou autres organismes génétiquement modifiées, porteurs de gènes exogènes de résistance à des herbicides, …, dans d’autres cultures et dans le milieu naturel. Scientifiquement, on ne peut connaître à l’avance les interactions de ces gènes nouveaux avec ceux d’autres plantes ou micro-organismes déjà existants. Sur ce point la compatibilité avec le mode de production biologique est impossible. On retrouvera nécessairement à l’analyse des gènes modifiés dans une petite partie des plantes bio (ou conventionnelles non OGM), et cela provoquera le déclassement de ces cultures (à moins que la loi n’autorise un % plus fort de contaminations), ainsi que le détournement des consommateurs.

3) La captivité du marché des semences génétiquement modifiés, par quelques firmes multinationales, au détriment des agriculteurs.

On oublie souvent qu’il y a deux grandes fonctions dans l’activité agricole : * produire (des plantes, animaux, pour l’utilité des hommes) * et reproduire ces plantes et animaux, avec tout le travail de sélection et adaptation.

Avec les OGM, la rupture « production-reproduction », induite par l’agriculture moderne risque d’être définitive, … les agriculteurs n’auront plus la possibilité réelle de faire et d’utiliser leurs propres semences. Le marché des semences deviendra définitivement captif des grandes firmes qui seules auront les moyens (techniques, économiques, juridiques, …) des fabriquer ces « chimères ».

C’est une manifestation de l’ultralibéralisme économique : il faut expliquer et insister sur le fait qu’il s’agit d’une dérive, d’un excès du libéralisme, qui en arrive à se nuire à lui même. Or, même le libéralisme reconnaît qu’il faut des garde-fous, des interventions de l’Etat pour empêcher certains abus. Ces tendances ultra-libérales, ne veulent plus avoir aucune contrainte aux opérations économiques. La rentabilité de ces procédés pour les firmes créatrices passe par le fait de créer un nouveau type de droits : des droits juridiques de propriété (brevets) sur le vivant, pour empêcher les cultivateurs d’utiliser les semences récoltées. Philosophiquement et éthiquement c’est une aberration : Les plantes, animaux, appartiennent potentiellement à toute l’humanité. Pour les chrétiens cela s’oppose au principe de la destination universelle des biens (Doctrine Sociale de l’Eglise).

4) Les conséquences économiques, écologiques, sociales, de cette dépossession du droit des paysans à réutiliser leurs propres semences s’ajoutent aux problèmes acctuels et ne peuvent que les aggraver :

  • renchérissement du coût des semences ;
  • perte du choix des variétés à utiliser ;
  • les critères de choix des firmes seront prioritairement économiques, et en contradiction avec la nécessité de garder de multiples variétés locales et rustiques, donc appauvrissement de la biodiversité ;
  • l’augmentation des charges économiques des paysans, la baisse de leur revenus, donc la diminution du nombre de paysans dans les pays en développement, l’aggravation de l’exode rurale, paysans qui iront grossir les bidonvilles des mégapoles (cf rapport 2002 de l’ONU prévoyant ? milliard d’humains dans les bidonvilles vers 2050 !) ;
  • la disparition de la culture paysanne dans les pays développés, la quasi disparition des paysans, avec les risques de pertes de sécurité alimentaire, disparition de la culture paysanne…
  • les milliers de suicides de paysans ruinés après avoir acheté (fort cher …) des OGM (le reportage de Monique Robin, Le monde selon Monsanto) ;
  • le développement des cultures OGM s’oppose au Développement durable, conjonction de l’économie rentable pour tous, la préservation de l’environnement et l’acceptabilité sociale.

5) La question philosophique sous jacente, rarement évoquée :

Le vrai nom des OGM est : les Chimères . Jean-Pierre BERLAN, directeur de recherches à l’INRA, explique que les tous les êtres sexués sont par définition des Organismes Génétiquement Modifiés, puisque issues de deux parents, génétiquement différents, même si cela est naturel. Ce terme d’aprés lui a été fabriqué pour dédramatiser le vrai terme qui est celui de : chimère, c’est à dire construction artificielle d’un être vivant à partir de deux ou plusieurs autres. C’est le terme qui scientifiquement est le plus exact. Mais évidemment, il fait peur. C’est le vieux rêve de l’humanité d’égaler Dieu, en créant de nouvelles espèces vivantes… Pour le croyant : ce moyen correspond-t-il au dessein de Dieu sur la Création ? Pour le non croyant : : l’homme a-t-il le droit d’inventer de nouvelles espèces, en mélangeant des gênes issus d’espèces différentes qui ne se seraient jamais rencontré, et qui n’auraient jamais existé. Que l’on soit croyant en un Dieu créateur, ou croyant en une nature incréée, le problème philosophique est le même : n’y a t il pas une barrière morale qui est franchie ?

II) Les OGM comme moyen pour améliorer l’alimentation de l’humanité.

Entre les partisans des OGM et les opposants il ne devrait donc y avoir qu’une divergence de moyens et non de but.

1)Est-ce vraiment une nécessité ou un argument fallacieux ?

Ces dernières décennies, avec les progrès agronomiques actuels, la production agricole mondiale a augmenté plus vite que la population mondiale. Aujourd’hui, on produit assez sur la planète pour nourrir plus de 6 Mds d’habitants.

Les prévisions sérieuses disent que la terre connaîtra un maximum d’habitants vers 2050 (8,5 à 9 Mds) avant de décroître ( ! …) Les spécialistes de l’agronomie ( Marcel MAZOYER, Yves HERODY par exemple), l’ONU estiment que la capacité de la planète de nourrir l’humanité est beaucoup plus importante que 6 Milliards ( jusqu’à 34 Mds d’habitants d’aprés un rapport de l’ONU) !

Les problèmes de famines dans le monde, ou plus fréquemment de malnutrition et sous nutrition sont bien réels (832 millions d’après le dernier rapport de l’ONU), mais les causes ne sont pas ou très peu liées à des questions de productions agricoles.

Quand on examine sérieusement les causes de ces famines ou malnutritions, on constate qu’elles sont dues la plupart du temps à des problèmes locaux : guerres entre pays ou ethnies, qui chassent les paysans, et empêchent le travail des agriculteurs. Ajoutons à cela la déstructuration des paysanneries locales par les cultures industrielles d’exportation (café, cacao, coton, …) pour les pays développés, ainsi que l’aide alimentaire des pays occidentaux quand elle devient structurelle (écoulement des excédents qui seront de toute façons inutilisées). Bref si on veut résoudre des problèmes de la faim dans le monde, il faut d’abord agir sur ces causes plus politiques que agronomiques : aider à la fin des conflits locaux, favoriser les cultures vivrières, et le maintien ou la reconstitution des paysanneries locales, etc …

C’est en permettant aux paysans de travailler normalement et en sécurité, en faisant éventuellement quelques transferts technologiques judicieux, en évitant le pillage des ressources naturelles, en favorisant le micro-crédit, que l’on améliorera la production agricole et que l’on pourra faire disparaître ces maux.

Les famines et malnutritions sont de fausses raisons pour le développement des OGM dans ces pays. La vraie raison c’est que les firmes ayant mis au point ces brevets forts couteux, exigent maintenant un retour sur investissement et des bénéfices …

Diverses pistes à explorer, et argumentation à développer :

2) Mise en valeur de nombreuses terres agricoles encore inexploitées, par les populations locales, et de manière durable.

3) Récupération des terres en friche ou jachères en Europe (rien qu’en France plus de 5 millions d’hectares) ;

4) Continuation des progrès agronomiques « classiques », et en particulier ceux développés par les agriculteurs biologiques : Nouvelles connaissances biologiques débouchant sur de nouvelles technologies de pointe : les phyto-alexines, l’allélopathie ; mise en pratique sur les associations de culture, rotations, etc … Nouveaux produits sélectifs, en particulier issus du monde végétal ; Mise au point de nouveau matériel très efficace pour le contrôle des adventices ; GPS ??…

5) Favoriser des politiques de prix des produits agricoles, couvrant les coûts de production, et laissant une marge bénéficiaire suffisante aux producteurs (« le juste prix »).

6) Les sommes investies dans la recherche des OGM pourraient servir pour la recherche et le développement de ces nouvelles technologies

III) Synthèse : Et le principe de précaution ?

Explication et Rappel de ce principe : il consiste, à propos d’une question, ici l’utilisation de plantes ou animaux génétiquement modifiés, à faire : 1) L’inventaire des risques de leur utilisation ; 2) L’inventaire de leur bénéfices attendus ; 3) De vérifier si le même bénéfice ne peut être atteint avec des choix alternatifs (ici les questions politiques, les nouvelles technologies, …) qui ne présenteraient pas les mêmes risques. 4) De peser les bénéfices attendus et les risques potentiels.

Et de conclure : Compte tenu des risques potentiels des OGM (incertitudes sur la santé …), des certitudes sur la dégradation économique et sociale du tissu des agriculteurs que cela aurait, du faible avantage (voire inexistant) que cela aurait pour le bien commun de l’humanité, du fait que les résultats équivalents peuvent être obtenues avec des alternatives qui ne présentent pas tous ces inconvénients, on ne peut rationnellement qu’opter pour le non développement des OGM, et l’utilisation des alternatives ( sur lesquelles les recherches, paysannes et scientifiques doivent se poursuivre) pour atteindre ce but commun.

A moins que le but des partisans des OGM ne soit pas le bien commun de l’humanité, comme cela est supposé, mais leur propre enrichissement ? Hypothèse que nous n’osons entrevoir !

PS : Le « Compendium de la Doctrine Sociale de l’Eglise » contient des paragraphes intéressants à ce sujet.

En particulier § 459 et suivants rappellant le message de JPII pour la Journée Mondiale pour la Paix de 1990 « § 460 : « l’homme… intervient non pour modifier la nature mais pour l’aider à s’épanouir dans sa ligne, celle de la création, celle voulue par Dieu. » « En travaillant dans ce domaine, …, Le chercheur adhère au dessein de dieu ».

La création de chimères (qui semble bien être de la modification de la nature ) correspont-elle au dessein de Dieu ?

En fait toute la question est là.

Voir en ligne : Video du chercheur Christian VELOT (86 minutes)