Lundi 15 mars 2010

La sécheresse

par Emmanuelle François, dans le Lien de Noël 2009.

Le réchauffement de la planète est-il dû à l’activité humaine, ou à des causes plus profondes liées aux grands cycles géologiques ?

Les scientifiques cherchent. Ils émettent des hypothèses. La grande sécheresse du temps du prophète Elie, les scientifiques de l’époque avaient-ils su en déceler la cause ?

Comme me disait un paysan qui aimait passionnément son métier, à propos d’une sécheresse qui sévissait cette année-là : « la cause, il ne faut pas la chercher bien loin : c’est que les hommes ne vivent plus dans le droit chemin ; La terre elle-même en subit les conséquences… ». A l’époque, j’avais trouvé le raccourci un peu court. Aujourd’hui, en relisant l’histoire d’Elie le Tishbite, je me prends à penser qu’après tout, il suffit d’un prophète…

Voici un texte de Romanos le Mélode qui nous la livre, cette histoire d’Elie, sous un jour nouveau, romancé comme savent le faire les Pères de l’Eglise.

« En voyant l’immense iniquité des hommes et l’immense amour de Dieu pour l’humanité (…), en considérant que toute la terre gisait dans l’impiété et que le Très-Haut le supportait sans s’irriter, le prophète Elie, soulevé de fureur, prit à témoin le Miséricordieux : « Je vais, moi, agir en maître ; je punirai l’impiété de ceux qui t’offensent. Tous ont méprisé ta longue patience, sans égard pour toi, le Père des miséricordes ; Mais, toi qui aimes tes enfants, tu as pitié de tes fils, ô le seul ami des hommes.

Maintenant, moi, je vais porter une sentence en faveur du Créateur : j’exterminerai les impies de la terre, et je décréterai leur châtiment. » (…) Et le prophète s’écria, plein de colère : Il est vivant, le Seigneur ! Il ne tombera ni pluie ni rosée, sauf à mon commandement ! Mais aussitôt le Roi répondit à Elie : « Si j’aperçois du repentir, si je vois couler des larmes, je ne pourrai pas fermer mes entrailles aux hommes, car, moi, je suis le seul ami des hommes. »(…)

Devant le Tisbite rempli de colère contre ses frères de race, le Maître jugea que le juste devait subir avec les autres le châtiment de la famine ; Ainsi, poussé par la disette, il délibérerait au sujet de la sentence qu’il avait prononcée avec serment, et mettrait fin à la punition , car c’est chose réellement terrible que les exigences de l’estomac ; et tout être vivant, doué ou privé de raison, est maintenu en vie par la nourriture que lui fournit dans sa sagesse le seul ami des hommes.

L’estomac plaidait donc la cause de la nature ; brandissant les lois naturelles, il s’attaquait au vieillard en cherchant à le faire revenir sur sa décision. Mais lui, insensible comme une pierre, résistait ; pour toute nourriture, il n’avait que son zèle et il s’en contentait. A cette vue, le Juge suprême soulagea la détresse de son ami affamé, car il ne trouvait pas équitable que le juste souffrît de la faim avec les injustes et les impies, lui est qui est le seul ami des hommes.

Le Tout-Compatissant emploie donc toute son habileté à lui préparer sa nourriture : il ordonne à deux corbeaux, ces oiseaux sans pitié, de lui fournir de quoi manger. Les corbeaux sont, en effet, une espèce dépourvue d’entrailles : ils ne donnent jamais à leurs petits la nourriture dont les nouveaux-nés ont besoin, mais c’est le ciel qui les nourrit (…) « Regarde ces corbeaux, dit Dieu à Elie. Eux qui haïssent toujours leurs propres petits, ils se montrent soudain généreux envers toi ; comme tu le vois : les voilà transformés ! Ils se sont faits les ministres de ma miséricorde en t’apportant à manger. (…) Prophète, tu dois maintenant avoir honte et imiter la docilité de ces animaux, car moi, je ne peux supporter la plainte et l’affliction universelles de ceux que j’ai formés. Puisque je suis leur créateur, j’aurai compassion de tous, moi, le seul ami des hommes. »

Si le zèle d’un prophète, ou plus prosaïquement la pollution des hommes, entraîne les catastrophes d’aujourd’hui, n’oublions pas cette petite phrase que, dès son arrivée sur cette terre, Jésus a dû prononcer bien des fois : « puisque je suis leur créateur, j’aurai compassion de tous, moi, le seul ami des hommes »…Le seul souci est qu’il ne veut pas passer outre la liberté des hommes. Sachant que sa compassion aura raison de toutes les détresses, à nous de « nous convertir, et de croire à l’Evangile », jusqu’au bout…