Mercredi 16 juin 2010

La FAO dénonce la promesse non tenue des pays riches

Le directeur général de l’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, Jacques Diouf, déplore que les 20 milliards d’euros promis par les pays du G8 n’aient toujours pas commencé à être versés.

Les Etats membres du G8 se sont à nouveau fait sermonner par Jacques Diouf, mardi 15 juin, à Rome. Le directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) présentait un rapport réalisé en collaboration avec l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) sur l’évolution de l’agriculture dans le monde.

Il y a un an, les huit plus grands pays industrialisés s’étaient engagés à consacrer 20 milliards d’euros sur trois ans à l’aide à l’agriculture dans les pays émergents et dans les pays en développement. Et alors que Barack Obama lui-même avait appelé de ses vœux la mise en place de « mécanismes de suivi » pour que les engagements soient tenus, il ne s’est rien passé depuis. « J’espère qu’ils tiendront leur promesse car, pour l’instant, cet argent n’est pas arrivé à destination, déplore Jacques Diouf, espérons que cet effort finisse par se concrétiser. »

De fait, si la reprise économique est déjà notoire dans certaines régions de la planète, permettant à l’investissement agricole de recommencer à croître, les besoins restent criants. « Le rythme de progression actuel de l’investissement est de 6 % alors qu’il faudrait qu’il soit de 100 % », explique le patron de la FAO, si l’on voulait satisfaire les besoins de l’humanité.

Paradoxalement, soulignent la FAO et l’OCDE, l’augmentation moins rapide de la production agricole mondiale au cours de la décennie à venir ne devrait pas empêcher d’accroître « de 70 % » la production alimentaire à l’horizon de 2050, grâce aux gains de productivité. Le Brésil est en première ligne - sa production agricole est prévue en hausse de 40 % d’ici à 2019 -devant la Chine, l’Inde, la Russie et l’Ukraine, qui devraient enregistrer des progressions supérieures à 20 %.

Une autre inquiétude : les prix alimentaires

Ces derniers mois, observe également le rapport, les prix des produits agricoles de base sont redescendus, après avoir atteint des niveaux record il y a deux ans. On pourrait s’en réjouir. Mais, en réalité, la FAO et l’OCDE s’en inquiètent, dans la mesure où cette détente risque de démobiliser les pays riches.

« Les inquiétudes autour de la sécurité alimentaire persistent », assurent-elles, car les prix devraient repartir à la hausse au cours de la décennie 2010-2019 et « il est peu probable qu’ils retrouvent les niveaux moyens de la décennie écoulée ».

Ainsi, les deux organisations internationales prévoient-elles que :

  • les cours moyens du blé et des céréales secondaires sur les dix prochaines années seront « de 15 % à 40 % supérieurs à leur moyenne de la période 1997-2006 », en données corrigées de l’inflation.
  • « Dans le cas des prix réels des huiles végétales, le différentiel devrait être de plus de 40 »
  • « Pour les produits laitiers, le différentiel devrait être compris entre 16 % et 45 % en moyenne. »
  • S’agissant des produits d’élevage, la hausse devrait être « moins marquée dans l’ensemble », même si la demande mondiale de viande augmente plus vite.

Comme l’a montré un autre rapport récent , la production annuelle de viande a plus que doublé sur la planète entre 1980 et 2007, pour atteindre 286 millions de tonnes. « Dans l’ensemble, résume Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, les perspectives publiées cette année sont plus positives que ces dernières années. Mais les gouvernements devraient veiller à ce que les agriculteurs aient à leur disposition des outils pour mieux gérer les risques futurs, tels que les contrats de production, les régimes d’assurance et les marchés à terme. »

La FAO et l’OCDE manifestent, enfin, une autre inquiétude : dans les pays riches, la part des prix alimentaires dans l’inflation a « fortement diminué en 2009 » tandis que dans certains pays en développement ou émergents, « elle continue d’exercer une influence majeure » et affecte tout particulièrement les populations les plus pauvres.

Voir en ligne : D’après Les Echos, 16 juin 2010