Jeudi 4 novembre 2010

L’eau de la grâce

par Emmanuelle FRANCOIS

Qui n’a pas aujourd’hui sa Brita dans la cuisine, ou ses bouteilles d’eau achetées « à prix d’argent » ? L’eau pure devient une denrée de prix, le prophète nous avait prévenus : « Vous achèterez votre eau à prix d’argent ». Mais nous sommes-nous déjà demandé ce que cela serait si l’intelligence aussi devait être achetée à prix d’argent ? Elle qui est plébiscitée par tous, au point que nous aimerions voir tous nos chérubins afficher un QI de 120 ( ou presque, n’en demandons pas trop quand même…), comment vient-elle ? d’où vient-elle ? Ah…si nous avions le secret… Eh ! bien ! soyez heureux, je vous livre aujourd’hui le secret ! Et gratuitement (vous pouvez faire un don au Lien dès les premiers résultats).

« Si l’abondance des eaux revient sans cesse par des retours secrets et souterrains vers les plaines de la mer, pour jaillir de nouveau de là vers nos yeux et vers notre usage en un service constant et infatigable, pourquoi les ruisseaux spirituels, eux aussi, afin de ne pas cesser d’irriguer les prairies des intelligences, ne seraient-ils pas rendus à leur source propre sans fraude et sans interruption ? Que les fleuves des grâces retournent au lieu d’où ils sortent, afin de couler de nouveau. Que le jaillissement céleste soit renvoyé à son principe, pour qu’il s’épanche sur la terre avec plus de fécondité. De quelle façon, dis-tu ? Selon la parole de l’Apôtre : tout ce que tu as confiance d’avoir en fait de sagesse, de vertu, attribue-le à la vertu de Dieu et à la sagesse de Dieu, attribue-le au Christ. Et qui est assez fou, dis-tu, pour présumer d’une autre origine ? Personne absolument, au point que le pharisien lui-même rend grâces, lui dont la justice n’est pas louée par Dieu ».

(Saint Bernard de Clairvaux, Homélie sur le cantique XIII,1-2).

Dans l’Ancien Testament, la Loi de Moïse est principe de la Sagesse. Mais déjà, la Sagesse est personnifiée, elle parle. Et nous, peuple du Nouveau Testament, savons qu’elle a même pris chair et se nomme Jésus. Dans le texte qui suit, nous pouvons remplacer la Loi, ou « elle » par Jésus. Et la Sagesse que Ben Sirac a laissée aux générations futures, pourquoi ne serait-elle pas nôtre, puisque « tout est à nous, nous sommes au Christ et le Christ est à Dieu » ? Le texte nous parlerait peut-être plus si nous parlions de la Seine de l’Oise, de la Garonne, de la Loire ou du Rhône. A vos plumes, poètes !

"Tout cela, c’est le livre de l’alliance du Dieu Très-Haut, la Loi que Moïse nous a prescrite comme un héritage pour les assemblées de Jacob. Elle fait abonder la sagesse comme le Phison, et comme le Tigre aux jours des fruits nouveaux ; elle fait déborder l’intelligence comme l’Euphrate, et comme le Jourdain aux jours de la moisson ; elle fait jaillir l’instruction comme le Nil, comme le Guihôn aux jours de la vendange. Le premier n’a pas achevé de la connaître, pas plus que le dernier ne l’a découverte ; car plus vaste que la mer est sa pensée, et son dessein, plus que le grand Abîme.

Pour moi, comme un canal dérivé d’un fleuve, et comme un cours d’eau, je suis sorti vers un parc. J’ai dit : « J’abreuverai mon jardin, et j’enivrerai mon parterre », et voilà que mon canal est devenu fleuve, et mon fleuve est devenu une mer ! Je ferai luire l’instruction comme l’aurore, et je la ferai briller jusqu’au loin ; je répandrai encore la doctrine comme une prophétie, et je la laisserai aux générations futures. Voyez, ce n’est pas pour moi seul que j’ai peiné, mais pour tous ceux qui la recherchent. » (Ecclesiastique 24,23-34)

En buvant notre eau « achetée à prix d’argent », ayons une pensée pour cette intelligence qui doit couler en nous comme un fleuve, pour peu que nous en ayons le désir…