Lundi 15 mars 2010

L’arbre

par Emmanuelle François, dans le Lien de l’été 2009.

« On apprend plus dans les bois que dans les livres. Les arbres et les forêts vous enseigneront des choses que vous ne sauriez entendre ailleurs ».

Notre grand saint Bernard de Clairvaux serait-il rousseauiste avant l’heure ? En tout cas, en ce début chaleureux de grandes vacances, il encourage nos promenades, solitaires ou non (les siennes l’étaient sans doute !). Et l’ombrage des arbres est bien consolateur quand tout à coup, le soleil reprend la maîtrise de la situation…

Le père Amphiloque, ancien de l’île de Patmos, disait aussi : «  Savez-vous que Dieu nous a donné un commandement de plus, qui n’est pas mentionné dans l’Ecriture ? Il nous dit : Aimez les arbres. Celui qui n’aime pas les arbres n’aime pas Dieu : lorsque vous plantez un arbre, vous plantez l’espoir, l’amour, et vous recevez la bénédiction de Dieu ». Ecologiste bien avant l’heure, il avait coutume de donner pour pénitence aux fermiers locaux -qu’il entendait en confession - la tâche de planter un arbre, c’est pourquoi l’île de Patmos s’est couverte d’une forêt épaisse et florissante.

Les arbres tiennent une grande place dans l’enseignement de Dieu, que ce soit dans l’Ancien ou dans le Nouveau Testament. Origène, (IIIe siècle) en témoigne dans cette homélie sur le Lévitique :

« Nous avons à l’intérieur de nous-mêmes des « arbres des champs qui portent leurs fruits » (Lévitique 26,4). Quels sont ces arbres des champs qui portent leurs fruits ? L’auditeur dit peut-être : Que va encore faire cet inventeur de mots ? qu’a-t-il à chercher n’importe où ses termes, pour se soustraire à l’explication de la lecture ? Comment va-t-il enseigner qu’à l’intérieur de nous, il y a du bois et des arbres ? Si tu n’es pas un détracteur étourdi, voici ce que tu vas entendre : « un bon arbre ne peut pas porter du mauvais fruit, ni un mauvais arbre porter du bon fruit ». Nous avons donc à l’intérieur de nous des arbres ou bons ou mauvais ; et les bons ne peuvent porter de mauvais fruits, comme les mauvais ne portent pas de bons fruits. Veux-tu que je te fasse connaître les noms dont s’appellent ces arbres, à l’intérieur de nous ? Il n’y a point de figuier, de pommier, ou de vigne, mais un arbre qui s’appelle justice, un autre prudence, un autre force, un autre tempérance. Et si tu veux, apprends qu’il y a une foule d’arbres encore plus nombreuse, dont on pensera plus justement peut-être, que même le paradis de Dieu est planté. Il y a là en effet l’arbre de la piété, il y a un autre arbre de la sagesse, il y en a un autre de la doctrine, il y en a un autre « de la science du bien et du mal ». Mais par-dessus tout, il y a « l’arbre de la vie ». Ne t’apparaît-il pas mieux que « l’horticulteur » qu’est « le Père céleste » cultive les arbres de cette espèce dans ton âme, établit une pépinière de cette espèce dans ton esprit ?

Ainsi donc, dit le Sauveur, « un arbre mauvais ne peut produire de bons fruits, ni un arbre bon produire de mauvais fruits ». Voici ce qu’il enseigne : l’arbre de la pureté est bon, il ne peut produire des fruits d’impureté ; l’arbre de la justice est bon, il ne peut produire des fruits d’injustice. Comme, par contre, si tu as une racine d’un arbre mauvais plantée dans ton âme, elle ne peut produire de bons fruits. Car s’il y a en toi une racine de malice, elle ne donnera pas de bons fruits : s’il y a dans ton cœur un plant de sottise, il ne produira jamais la fleur de la sagesse ; s’il y a un arbre d’injustice, d’iniquité, jamais bois de cette espèce ne peuvent s’épanouir « en bons fruits ». Si donc nous gardons les commandements de Dieu, une fois reçue la pluie de la parole de Dieu, ces arbres aussi, plantés dans le champ de notre âme et dans l’espace de notre cœur, produiront du fruit abondant et de bonne odeur. Mais veux-tu que je te montre par les Ecritures que le nom d’arbre ou de bois est donné à chacune des vertus rappelées plus haut ? Je cite comme témoin le très sage Salomon, disant de la sagesse : « c’est un arbre de vie pour tous ceux qui la saisissent ». Si donc la sagesse est un arbre de vie, nul doute qu’il n’y ait un autre arbre de la prudence, un autre de la science, un autre de la justice. Car il ne serait pas logique de dire que, seule de toutes les vertus, la sagesse mérite d’être appelée « arbre de vie », mais que toutes les autres vertus ne reçoivent d’aucune façon une dénomination analogue. Donc," les arbres de la campagne donneront leurs fruits". C’est, je crois, ce que pensait également de lui le bienheureux David quand il disait : « Et moi, comme un olivier fertile dans la maison de Dieu ». Par où il montre clairement que le bois d’olivier désigne l’homme juste et saint »

Profitons donc de l’été pour soigner nos arbres, intérieurs et extérieurs. Soyons écologistes…mais sachons tailler et élaguer ce qui doit l’être : ce serait dommage que l’arbre de la sottise prenne toute la place, ses fruits n’ont pas très bon goût… Pour planter des arbres, il vaut mieux attendre le mois de novembre, mais pour planter des arbres intérieurs, toutes les saisons sont bonnes, c’est l’avantage de la vie spirituelle !