Samedi 1er septembre 2012

L’année de la foi : une invitation pour les Journées Paysannes

Edito du Lien n°68
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Le Pape Benoît XVI, nous le savons, a promulgué à la fin de 2011 une année de la foi à partir du 11 Octobre 2012. Cette date coïncide avec le 50e anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II. En même temps le Pape a demandé à la Congrégation pour la doctrine de la foi de publier un document contenant des indications pastorales pour la célébration de l’année de la foi. Parmi elles, les mouvements et les associations catholiques « sont invitées à favoriser des initiatives spécifiques qui, grâce à leur charisme propre et en collaboration avec les Pasteurs locaux, s’insèreront dans le grand événement de l’année de la foi »(1).

Les Journées Paysannes vont-elles répondre à cette invitation universelle ? Avons-nous assez de discernement, d’intelligence, de courage, autrement dit de lumière et de force, pour que notre association contribue à annoncer l’Évangile et à transmettre la foi auprès des familles paysannes de notre pays et du monde ?

En posant ces questions nous retrouvons le charisme de notre fondation. Au tout début des Journées Paysannes,dans les années 90, nous avions remarqué la conjonction entre la diminution continue du nombre d’agriculteurs et du nombre d’ordinations sacerdotales, avec les églises de nos villages qui se vidaient et qui n’avaient plus de prêtres. Tous les lecteurs du Lien connaissent l’amplitude qu’a prise ce phénomène : diminution de moitié du nombre des exploitations, passant d’environ 1 million en 1988 à moins de 500.000 en 2010, paroisses rurales s’étendant de plus en plus, avec un prêtre pour 10, 20 ou 30 clochers.

Or il se trouve qu’au moment où ces lignes sont écrites, nous recevons comme des propositions, des appels pour que les Journées Paysannes passent par la Porte de la foi (porta fidei), montrant leur fidélité à la mission qu’elles ont reçues.

Au cours de l’Angélus du 17 Juin sur la place St Pierre, Benoît XVI a commenté les paraboles de la semence qui étaient lues à l’évangile de ce dimanche. Ce passage de St Marc (Mc 4,26-29), vous le savez, est l’un des textes fondateurs des Journées Paysannes. Nous jubilerons à la lecture des paroles du Pape :

« [Dans cette parabole,] l’attention porte sur le dynamisme des semailles : la semence qui est jetée en terre, que le paysan dorme ou qu’il veille, germe et grandit toute seule. L’homme sème avec la confiance que son travail ne sera pas stérile. C’est en effet la confiance dans la force de la semence et dans la qualité du terrain, qui soutient l’agriculteur dans son labeur quotidien. Cette parabole rappelle le mystère de la création et de la rédemption, de l’œuvre féconde de Dieu dans l’histoire. C’est lui le Seigneur du Royaume ; l’homme est son humble collaborateur, qui contemple et se réjouit de l’action créatrice divine et en attend les fruits avec patience. La moisson finale nous fait penser à l’intervention conclusive de Dieu à la fin des temps, quand Il réalisera pleinement son Royaume. Le temps présent est temps de semence, et la croissance du grain est assurée par le Seigneur. Aussi, chaque Chrétien sait-il qu’il doit faire tout ce qu’il peut, mais que le résultat final dépend de Dieu : cette conscience le soutient dans l’effort de chaque jour, spécialement dans les situations difficiles. Saint Ignace de Loyola écrit à ce propos : « Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu. » » (2)

Quelques jours plus tard, le 22 juin, le Pape recevait une délégation des Coldiretti, réunis au Vatican pour leur assemblée générale. Certains lecteurs du Lien se souviendront des relations que nous avions eues avec les Coldiretti lors du Grand Jubilé de l’an 2000, le 11 novembre à Rome. Les Coldiretti sont l’une des organisations professionnelles italiennes d’agriculteurs, des plus vivantes. Leur force repose sur leur attachement et leur fidélité à l’Église.

L’agence Zenit (3) nous rapporte le contenu du message que le Pape vient de donner aux agriculteurs :

La crise économique et financière, qui touche les différents secteurs de production, met les agriculteurs en face de défis inédits et difficiles. Or, à la base de la difficulté économique, il y a une crise morale : c’est donc à ce niveau qu’il faut travailler, puisqu’il faut administrer le remède là où est la racine de la crise. Il faut favoriser la redécouverte des valeurs spirituelles desquelles jailliront ensuite les idées, les projets et les actions. Ces valeurs sont « le respect de la dignité de la personne, la recherche du bien commun, l’honnêteté et la transparence dans la gestion des services, la sécurité alimentaire, la protection de l’environnement et du paysage, la promotion de l’esprit de solidarité ». Le Pape insiste ensuite sur la famille paysanne dont la vie et l’exemplarité doivent encourager et ne pas décevoir les attentes des jeunes. Il faut aider les jeunes à construire leur avenir et à réaliser les propositions dont ils sont riches en nourrissant l’espérance liée au travail de la terre. Enfin le Pape rappelle aux Coldiretti qu’ils ont toujours été une « confédération méritoire dont l’action s’inspire des principes de la doctrine sociale catholique ». Il va même jusqu’à leur dire qu’ils sont l’un des « laboratoires » les plus fertiles en matière d’éthique sociale. Pour poursuivre cette action et témoigner de la « nouveauté de l’Évangile », le Pape invite les Coldiretti à garder « une référence constante au Christ, dans la prière, afin d’y puiser l’énergie spirituelle nécessaire ».

Bien que les Journées Paysannes n’aient ni l’ancienneté, ni l’influence des Coldiretti, elles se sentent concernées par les paroles du Pape :

1. La crise économique et financière des paysans, atteignant parfois la désespérance, ne peut se résoudre que par la redécouverte des valeurs spirituelles et morales.

2. Il convient de cesser de décevoir les jeunes qui ont le désir de travailler la terre et de s’installer, en permettant au plus grand nombre de familles paysannes de témoigner de leur bonheur humain et spirituel.

3. Comment redécouvrir la possibilité de ce bonheur autrement que par l’étude et la recherche passionnée de l’application de la doctrine sociale de l’Église ? Il ne suffit pas de connaître cette doctrine, mais de la mettre en pratique par des initiatives les plus variées, discernant pour chaque situation ce qui convient, ce qui est adapté, autrement dit de devenir à notre tour des « laboratoires » paysans de la doctrine sociale de l’Église.

4. Enfin la prière. Nous avons déjà l’immense grâce de la prière du lundi : demandons d’y être fidèles. Restaurons la prière des Rogations. Retrouvons, chaque fois que cela est possible, l’adoration eucharistique, spécialement dans nos églises où il n’y a plus souvent d’office : devenons des paysans adorateurs. Et par dessus tout, retrouvons le sens du dimanche par la Messe, la famille, le repos, l’amitié.

Cette douceur avec laquelle Benoît XVI a parlé aux agriculteurs italiens ne nous concerne-t-elle pas largement autant ? Elle est douce sa voix ; elle est ferme aussi pour nous rappeler les conditions de la paix et de la joie : n’est-ce pas cette « porte étroite » dont nous parle Jésus dans l’Évangile (Mt 7,13-14) ? Et cette porte étroite, n’est-ce pas la porte de la Foi par laquelle le Pape nous invite à passer à la fin de cette année ?

1. Note de la Congrégation pour la doctrine de la foi. O.R. du 12 Janvier 2012 p.11 n°9 2. Angélus du 17 juin 2012, place St Pierre. O.R. du 21 juin p.3 3. d’après l’Agence Zenit, Rome, lundi 25 juin 2012. (www.zenit.org)