Lundi 22 février 2010

L’agriculture serait-elle l’avenir du monde ?

« Lorsque l’agriculture prospère, tous les autres arts fleurissent avec elle. Mais quand on abandonne la culture pour quelque cause que ce soit, tous les autres travaux s’anéantissent en même temps. »

Socrate

Des évènements étranges et contradictoires, des actes qui ne correspondent pas aux paroles, une urgence cachée qui ne peut échapper aux puissants de ce monde… ?

Nous voulons évoquer le discours d’Hillary Clinton, secrétaire d’état des USA, à Santiago du Chili le dimanche 18 octobre :

« Relever le défi de la faim dans le monde est au cœur de ce que nous appelons la sécurité alimentaire ; c’est travailler à ce que les agriculteurs du monde puissent planter, puissent réaliser d’abondantes récoltes… et ensuite, c’est assurer que les aliments qu’ils produisent atteignent les plus nécessiteux… »

Moins d’un mois après, à Rome, du 16 au 18 novembre,se réunit le sommet de la FAO, auquel adhèrent 180 pays. Un peu plus d’un an après les émeutes de la faim (printemps - été 2008), aucun grand chef d’état n’est présent : ni Obama, ni Merkel, ni Sarkozy. Seul Berlusconi, qui est chez lui, à Rome, assiste au débat.

Il en sort, comme toujours, de bonnes intentions « d’éradiquer la faim ». Mais contrairement au sommet de 2002, il n’y a même pas de prévisions.

Et pourtant de 2007 à 2009, le nombre des personnes mal nourries est passé de 850 millions à plus de un milliard.

Le Pape Benoît XVI, lui-même, s’est rendu à la FAO. Il a déclaré :

« La spéculation pénètre sur le marché des céréales et met la nourriture sur le même plan que toutes les autres marchandises. »

Le Pape s’est inquiété que la faim soit considérée comme structurelle, comme partie intégrante de la réalité socio-politique des pays plus faibles.

Benoît XVI s’est adressé à la FAO, sur la faim et sur l’agriculture, à deux reprises consécutives, le 16 octobre et le 16 novembre, et a repris de différentes manières, en les explicitant, les thèmes du n°27 de son encyclique Caritas in Veritate de juillet 2009. Ce chapitre est entièrement consacré à l’agriculture.

Sans attendre davantage le désir que nous exprimions dans le dernier éditorial du Lien n°57, essayons de faire passer dans nos intelligences et dans notre volonté d’agir, quelques aspects de l’enseignement de Benoît XVI :

  • Donner à manger aux affamés (cf. Mt. 25, 35 ; 37 ; 42) est un impératif éthique pour l’Eglise universelle.
  • Eliminer la faim, c’est une exigence à poursuivre pour sauvegarder la paix et la stabilité de la planète.
  • La faim ne dépend pas tant d’une carence de ressources matérielles, que d’une carence de ressources sociales, la plus importante d’entre elles étant de nature institutionnelle.
  • Promouvoir le développement agricole des pays les plus pauvres, à travers des investissements en infrastructures rurales, en systèmes d’irrigation, de transport, d’organisation des marchés, en formation et en diffusion des techniques agricoles appropriées ; c’est à dire susceptibles d’utiliser au mieux les ressources humaines, naturelles et socio-économiques les plus accessibles au niveau local.

Le Pape donne ici toute la perspective du développement de la petite paysannerie des pays pauvres – qui attend la possibilité technique, économique et financière de cultiver, d’une agriculture vivrière adaptée à chaque pays – et non des investissements massifs qui obligent les paysans à quitter leur pays.

  • Impliquer, dit le Pape en insistant encore, les communautés locales dans les choix et les décisions relatives à l’usage des terres cultivables.
  • Favoriser l’usage correct des techniques de production agricole, aussi bien traditionnelles qu’innovantes, à condition que ces dernières soient reconnues convenables, respectueuses de l’environnement et attentives aux populations les plus défavorisées.
  • Il y a un lien entre le droit à l’alimentation et à l’eau et le droit fondamental à la vie.

La culture de vie passe par la possibilité pour une multitude de petits paysans de cultiver la terre, d’en vivre avec leur famille et pour tous les hommes.

  • Et enfin, en conclusion de ce chapitre, il y a cette réflexion étonnante du Pape que nous avions écrite en première page du numéro précédent – et qu’il est bon de transcrire ici à nouveau :

« Il est important de souligner combien la voie de la solidarité pour le développement des pays pauvres peut constituer un projet de solution de la crise mondiale actuelle. »

On ne peut s’empêcher de se reporter à plus de 50 ans en arrière, lorsque le Pape Pie XII avait osé proclamer dans les années 50, après la seconde guerre mondiale :

« Peut-être alors que du secteur agricole pourra renaître toute l’économie. » (lire l’intégralité de l’allocution de Pie XII)

Ainsi une vraie solidarité des pays riches produisant une vraie croissance économique, basée sur l’agriculture paysanne des pays pauvres, « peut aussi concourir à soutenir les capacités de production des pays riches qui risquent d’être compromises par la crise » (Benoît XVI).