Lundi 8 février 2010

Existe-t-il un charisme du Lien à la terre ?

Que pouvons nous trouver qui réjouisse plus notre cœur et qui fortifie notre espérance que de rapprocher les deux premiers chapîtres du livre de la Genèse des paroles toutes récentes de notre Pape Benoît XVI ?

"Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre…" (Gen. 1, 1)

"Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder". (Gen. 2, 15)

"La beauté de la Création est l’une des sources où nous pouvons réellement toucher du doigt la beauté de Dieu, nous pouvons voir que le Créateur existe et qu’il est bon, que ce que les Saintes Ecritures disent du récit de la Création est vrai, c’est à dire que Dieu a pensé et fait avec son cœur, avec sa volonté, avec sa raison, ce monde, et il l’a trouvé bon." Benoît XVI - Veillée de prière du samedi 1 septembre 2007 à Lorette avec 500 000 jeunes. « L’un des domaines dans lequel il apparaît urgent d’œuvrer est sans aucun doute la protection de la Création. L’avenir de la planète, sur laquelle sont évidents les signes d’un développement qui n’a pas toujours su protéger les équilibres délicats de la nature, est confié aux nouvelles générations. Avant qu’il ne soit trop tard, il faut faire des choix courageux, qui sachent recréer une solide alliance entre l’homme et la terre. »

Benoît XVI - Lorette, dimanche 2 septembre 2007 Homélie de la Messe célébrée devant 500 000 jeunes.

Sommes-nous concernés par cet appel du Pape, qu’il renouvelle sous différentes formes devant des auditoires variés. En particulier lorsqu’il rapproche les dons de la Création de la nécessité de nourrir tous les hommes ?

Nous sommes placés là devant une urgence humaine et évangélique qui implique « des choix courageux ».

D’abord, il convient de comprendre la réalité des menaces qui pèsent sur les équilibres écologiques de la planète, associées à ces drames de la faim et de la malnutrition, associées aussi à la vie des familles paysannes dont la société ne reconnait pas la place.

C’est alors que l’on peut-être certain que la Providence suscite les choix, les générosités, les vocations pour « recréer une solide alliance entre l’homme et la terre. »

N’apparaît-il pas alors, aujourd’hui, un appel à demander pour certains, un charisme du lien à la terre ?

Un charisme, on le sait, c’est un don particuler donné par Dieu à une personne, à un groupe, à une congrégation. Et ce don, ce charisme, n’a de sens que s’il est exercé pour une communauté, une nation, le bien commun de la terre entière.

Existe t’il un charisme du lien de l’homme à la terre en ce début du XXIe siècle ? Or, au moment où nous posons cette question, nous trouvons dans le N° 92 du bulletin de l’AIM (Alliance Inter Monastères) de l’année 2008, une longue lettre sur l’autonomie financière d’un monastère bénédictin situé dans l’état de Kerala en Inde.

Voici ce que le Père Abbé Dom John Kurichianil écrit :

« Dans la Bible l’homme est essentiellement un agriculteur. L’homme a été formé à partir de pourssière terrestre (Gen. 2, 7). Le Seigneur Dieu a planté un jardin et a mis l’homme dans ce jardin pour le cultiver et le garder (Gen 2, 8-15), il doit manger le pain à la sueur de son front, c’est à dire en travaillant dur la terre (Gen 3, 17-19). A sa mort, il doit retourner poussière terrestre (Gen. 3, 19). Ainsi l’homme vient de la terre, vit sur la terre, travaille la terre et finalement retourne à la terre. L’homme par sa nature même est lié à la terre, lié à la nature. Lorsqu’il perd le contact de la terre, il cesse d’être humain. Pour saint Benoît, la conception de l’homme est fondamentalement identique. Quand il donne une définition du moine comme quelqu’un qui vit par le travail de ses mains, il dit cela pour le travail agricole. Si les moines doivent faire la moisson eux-mêmes, ils ne devraient pas être découragés car « Quand les moines vivent de leur travail manuel, ils sont des moines à part entière ».[…]

Aujourd’hui il y a dans l’Eglise beaucoup d’Ordres religieux ou de Congrégations. Ils parlent tous de « Charismes » divers. Quand nous rassemblons tous ces charismes, ils se réduisent finalement à peu de choses : l’éducation, les soins aux malades, le travail social, le travail pastoral, les publications etc. À ma connaissance, il n’y a aucun Ordre religieux ou congrégation qui regarde l’agriculture comme faisant partie de leur charisme ! Dire cela peut paraître ridicule, mais je pense que cette observation est valable. Nous tâchons tous de trouver le type de travail ou la branche d’activités la plus profitable. Sans doute personne ne se préoccupe de l’agriculture parce qu’elle ne rapporte pas beaucoup et parce que personne ne veut se salir les mains et les pieds. L’agriculture est la manière la plus honnête pour une communauté de gagner de l’argent car elle ne lui permet pas de vivre une vie de luxe. L’agriculture rapportera normalement juste assez, elle aidera une communauté à être autonome en vivres. Elle donne aussi une atmosphère la plus saine à la vie monastique. Dans la plupart des pays, la terre est certainement le plus grand capital qu’un monatère puisse posséder et l’agriculture la source de revenu la plus fiable. Pour que l’agriculture soit une réussite, les moines doivent considérer comme un devoir et un privilège de protéger et aimer la nature. Ils devraient être convaincus qu’il est sain, physiquement, spirituellement et mentalement, de rester en contact avec la nature et la terre. Ils devraient aimer la nature, aimer la terre, aimer l’agriculture. Ils devraient être prêts à effectuer la plupart des travaux par eux-mêmes, parce que si tout le travail est laissé à des tiers, il y a peu de chance que cette activité soit profitable. Un autre aspect important à garder à l’esprit est que, si l’agriculture veut être une réussite financière, il faut qu’un large panel d’activités agricoles soit mis en place. L’agriculture a un grand intérêt particulièrement dans un pays comme l’Inde où il y a beaucoup de pauvreté et où une grande majorité de personnes vit de l’agriculture. Quand les moines produisent assez par leur travail pour alimenter au moins une bouche, ils apportent une contribution à la diminution de la pauvreté dans ce pays. C’est presque un crime pour les moines de négliger l’agriculture. Ce pays a un sol fertile, beaucoup de soleil et d’eau. Les fils de saint Benoît devraient même aller jusqu’à considérer la culture comme une mission spéciale ou un charisme dans ce pays où toutes les personnes instruites s’éloignent lentement de l’agriculture, la culture étant considérée comme un travail subalterne. Toute communauté bénédictine devrait se rappeler que laisser du terrain en friche, par mépris du travail agricole, est un comportement indigne et condamnable. »

Voir bulletin de l’AIM - p.27, 28 et 29)

En revenant en France, nous nous demandons si ce charisme du lien de l’homme à la terre est donné et comment il peut s’exercer au service des familles paysannes et du bien commun. La recherche actuelle de notre association d’établir un centre des Journées Paysannes (CJP) va dans ce sens. Il s’agit de lier à un domaine agricole, géré avec compétence et rentabilité, un centre où la recherche, l’accueil et la formation d’une part, la prière d’autre part, montreront d’une manière organique les fruits que l’on peut tirer de ce lien de l’homme à la terre