Mardi 1er décembre 2009

Discours de Pascal Massol

Discours de Pascal Massol lors du lancement de la grève aux Invalides à Paris, le 10 septembre 2009

En quelques mois, les éleveurs laitiers français et européens de l’European Milk Board ont réussi le pari de se fédérer autour d’un projet, à la fois de survie, mais aussi d’avenir.

De survie d’abord.

Le terme est volontairement fort, mais il est le reflet de la réalité catastrophique que nous connaissons sur le terrain.

Trop de nos collègues nous ont quittés ces derniers temps, discrètement, à l’image de leur vie, n’ayant comme issue que l’ultime recours, abandonnant épouse et enfants, père et mère, patrimoine et passion, seuls et déshonorés de ne pas avoir su traverser ce terrain qu’on leur avait miné.

De mon engagement, je n’aurai qu’un regret : celui de ne m’être pas engagé assez tôt pour les aider !

Il est des pandémies qu’on ne soupçonne pas, mais qui nous détruisent TOUS, à petit feu !!

Pour eux, pour nous, pour tous, il est de notre devoir de se battre jusqu’au bout pour imposer un projet, une éthique, une philosophie, en résumé, un a-ve-nir. Cette volonté n’est pas utopiste.

Elle n’est pas utopiste parce qu’elle est voulue par 140 000 producteurs européens auxquels on peut ajouter ceux qui sont déjà prisonniers de l’intégration libérale, soumis à la pensée unique, ou ceux manipulés comme nous l’étions, et qui se réveilleront un jour. Elle n’est pas utopiste car c’est une volonté du peuple de base, du consommateur, de tout individu ayant un minimum de réalisme et d’objectivité. Mis à part quelques spéculateurs incolores et inodores, à l’image de leur seul plaisir financier.

Qui peut nous reprocher de vouloir garder dans notre vocabulaire les mots : pâture, foin, rosée, orage, fourche, crème, coq et même fumier ?

Qui peut nous reprocher de vouloir persister à maintenir une agriculture familiale ?

Qui peut nous empêcher de sauver ceux qui ont investi pour assurer l’indépendance alimentaire de nos pays, pour sauver des jeunes installés ou à installer, garant de notre avenir ?

Qui peut nous empêcher d’occuper tous les territoires pour allier production et entretien de l’espace ?

Qui veut, d’usines à lait uniformes, formatées, pollueuses, dévoreuses de passion et de diversité ?

Qui peut poursuivre ce chemin de la surproduction sacrifiant sur l’autel de l’argent, l’environnement et des milliers d’éleveurs, comme nous, issus de pays émergeants ?

Qui peut nous empêcher de vouloir produire un lait de qualité, sain, tracé, respectueux du bien être animal et de l’environnement ?

Qui peut nous empêcher de redonner au travail toute sa valeur ?

Qui peut nous empêcher, enfin, d’en finir avec l’asservissement pour retrouver notre statut social et économique ?

Comme je vous le disais auparavant, sans doute quelques spéculateurs… Mais bien soutenus…

Puisque des semaines et des semaines, nos alertes et nos négociations auprès de nos élus, représentants, décideurs en tous genres sont restés vaines et stériles.

Seul l’acte ultime de la grève du lait peut nous permettre d’imposer nos revendications.

Bien qu’aujourd’hui, aucun producteur n’en ait la capacité financière, cette auto-mutilation, qui a pour but d’interpeller tous les niveaux de l’état et de l’Europe sur l’extrème gravité de la situation va débuter. Puisque notre matière n’a plus de valeur, plus de commerce avec notre matière !

Nous détenons la matière, plus de filière sans matière !

Cet acte, comme l’APLI l’a toujours défendu dans son discours, se veut un acte volontaire, individuel, pris en son âme et conscience.

J’appelle solennellement tous les élus locaux, nationaux, européens à suspendre tout débat idéologique et tout clivage pour, rapidement entendre et appliquer nos revendications.

J’appelle l’ensemble des consommateurs, les fournisseurs, les banques à soutenir ce mouvement et les acteurs de ce mouvement. C’est pour vous, c’est avec vous, c’est ensemble que nous gagnerons !

J’appelle les autres filières agricoles, dont l’avenir est aussi sombre, mais qui n’ont pas ce moyen de pression légal, respecteux des biens et des individus, à nous soutenir par tout moyen pacifique, en conservant l’esprit de notre action. J’appelle tous les éleveurs, à ce moment précis, à oublier toute appartenance, toute étiquette, toute sensibilité pour devenir simplement un gréviste laitier européen !

J’appelle et j’insiste pour que tous les producteurs laitiers de France et d’Europe se joignent à notre mouvement pour que l’effet de masse prouve notre détermination.

J’appelle tous les grévistes à respecter ceux d’entre nous qui ne veulent pas y participer.

J’appelle à l’ouverture des vannes, dès la traite de ce soir !