Jeudi 10 juin 2010

De belles pommes de terre… hiver 2008-2009

par François de Soos, membre des JP

Le succès de la culture de pommes de terre sur buttes mulchées, sans arrosage…

Avec la crise qui s’annonce, nous décidons que quelques pommes de terre au jardin ne seront pas de trop pour la cuisinière, malgré les expériences plutôt négatives du passé.

Je prépare 4 ares entre les pommiers, j’achète 50 kg de plants de Mona Lisa et au début de la floraison des lilas, avec l’aide de Thomas, un jeune de passage, nous plantons à l’ancienne une douzaine de rangs qui seront buttés plus tard.

Mais à la fin du boulot, il nous reste 7 kg de plants que je mets à l’abri. Cinq semaines plus tard, j’y repense et m’avise que j’avais construit il y a 15 ans dans le jardin des buttes de terre de 1,20 m de large et 20 m de long avec des couloirs de 0,50 m entre elles pour marcher. J’avais monté ces buttes de culture après avoir suivi un stage de permaculture avec Emilia Hazelip qui avait conçu ce mode de jardinage sur buttes mulchées en permanence et l’enseignait en Europe et au Canada.

Après avoir extirpé un peu de chiendent, je pose sur la première butte des plants de pomme de terre sur 3 rangs, à même le sol et la végétation adventice. Puis je recouvre l’ensemble avec un mulch provenant de résidus forestiers à base de gousses d’un févier d’Amérique voisin et de cales (pulpes séches) d’amandes sur une épaisseur d’une vingtaine de cm. Quelques jours plus tard le Père Emmanuel vient faire un séjour pour apprendre à avoir un potager autonome. Nous procédons alors tous les deux de la même façon pour une seconde butte avec les patates restantes, mais alors le mulch est réalisé avec du bois broyé récupéré au dépôt de la déchetterie de la communauté de communes.

Deuxième quinzaine de mai, le Père Emmanuel est de retour pour participer à notre journée régionale au monastère de Rieunette et peut admirer le beau développement de nos patates, sans arrosage, alors qu’à coté, sur les 4 ares, le tourniquet a arrosé plusieurs fois, et la culture est minable ; c’est difficile à croire.

Le lundi de Pentecote, une équipe d’Arte Autriche tourne un documentaire sur « l’humus et l’arbre » à la station agroforestière des Instituts de recherche de Montpellier. Christian Dupraz m’appelle car l’équipe a besoin du témoignage d’un agriculteur. Je lui réponds que je ne souhaite pas faire un témoignage ailleurs que chez moi mais que je n’ai vraiment pas grand-chose à dire, à moins qu’ils ne soient intéressés par cette petite expérience de pommes de terre. Finalement, c’est parti, ils acceptent de venir le lendemain. A peine arrivés, ils croient qu’il y a un truc, tellement la différence entre les deux modes de culture est flagrante et me soumettent à une enquête en règle, tout en filmant, Christian servant d’interprète.

Finalement, les 4 ares ont rendu l’équivalent de la semence et les deux buttes récoltées en juillet par Pierre-Malo au plantoir et à la main nous ont régalés jusqu’ à la fin novembre : belles pommes de terre sans doryphore, vers blancs ou autre taupins.

Dès les pommes de terre récoltées, des haricots verts et à cassoulet ont été semés, puis des radis japonais ( le fameux Daikon de Fukuoka) et ail et oignons sur les rebords des buttes comme répulsifs.

Du coup, après cette expérience stimulante, les anciennes buttes de l’époque ont été remises en route et une équipe de jeunes en a construit 3 de plus près de la maison qui vont accueillir les prochaines patates.

Le principe de fonctionnement des buttes de jardinage demande un gros boulot de terrassement pour constituer les buttes au départ, mais par la suite il y a beaucoup moins de travail qu’en jardinage classique. Le principe est d’avoir la terre toujours couverte avec les résidus dont on dispose (vieux foin, paille, BRF, résidus de récolte…) Après un certain temps, le réservoir de mauvaises herbes s’épuise, l’économie en eau est considérable ; les racines des légumes sont laissées dans le sol ainsi que celles des adventices que l’on supprime avec un couteau, ce qui améliore la microporosité du sol pour l’air et l’eau.

On ne marche jamais sur les buttes pour éviter tout tassement mais uniquement dans les couloirs de 0,40 à 0,50 m qui les séparent. La largeur des buttes permet de travailler avec la longueur de son bras de chaque coté et la hauteur permet une position de travail accroupi moins fatiguante pour le dos. Des tuyaux de goutte à goutte peuvent être installés en aller-retour sur chaque butte de préférence sous le paillage.

Vous pouvez essayer, avec cette technique : même une terre de jardin compactée, argileuse et sans vie devient féconde en quelques mois, car les micro-organismes et les vers de terre ont de quoi se régaler sous le mulch et construisent de beaux agrégats.

Pour en savoir plus, vous pouvez regarder la seule vidéo que nous a laissé Emilia Hazelip sur « Youtube » en tapant son nom ou « agriculture synergétique ».

Vidéo « Le jardin d’Emilia Hazelip » (partie 2)
Vidéo « Le jardin d’Emilia Hazelip » (partie 3)

Contact :

François de Soos
Domaine de Mazy
11 800 LAURE-MINERVOIS
f.gardey chez laposte.net