Mardi 2 février 2010

Communiqué de M. le Cardinal Barbarin à l’occasion de la crise du lait

12 octobre 2009

Uni à la démarche de nombreux évêques de France qui demandent que l’on reconnaisse la mission et la dignité des agriculteurs dans notre société, le cardinal Philippe Barbarin, attentif à la souffrance des producteurs laitiers, s’associe à cet appel de la Mission de France, contre les dérives de l’ultra-libéralisme.

Mgr Barbarin -  voir en grand cette image
Mgr Barbarin

En soutien à la lutte des agriculteurs, chrétiens et membres de la Communauté Mission de France, nous manifestons notre soutien aux agriculteurs et aux territoires qui sont aussi les nôtres. Ils sont aujourd’hui menacés.

Nous avons tous été interpellés par les actions des producteurs de lait. Des actions menées avec l’énergie du désespoir. Réguler la production d’un côté, et déréguler le marché de l’autre mènent à la catastrophe. Depuis début 2009, des voix s’élevaient pour que soient entendus les risques de la dérégulation du marché du lait. Des interpellations ont été adressées aux laiteries et aux ministères ; aucun signe de bonne volonté n’a été donné en retour.

Il n’est pas de territoire possible et apprécié sans agriculteurs. Ils produisent, ils travaillent à notre alimentation, ils entretiennent le paysage. Sans pression excessive de la performance, ils sont ceux qui peuvent maintenir un équilibre des sols - malgré tout - et une diversité biologique. Ils sont un maillon indispensable de la chaîne du vivant. Que deviendront nos campagnes sans élevage ? Faudra-t-il des tondeuses grand format et dévoreuses d’énergie pour remplacer les vaches ? des amendements chimiques pour remplacer le fumier ?

Face à une gouvernance mondiale qui est guidée par le profit, face à une machine européenne qui peine à se remettre en cause et qui prône les grandes exploitations industrielles au détriment des fermes à taille humaine, face à des pouvoirs publics et à des industriels pour qui l’humain n’entre pas en considération, des producteurs se lèvent, non pour réclamer le maintien d’avantages quelconques, mais pour avoir le droit de vivre, pour être payés de leur travail afin d’assurer un avenir à leur famille et à l’ensemble de la société.

Le lait est un produit noble, fruit du travail des éleveurs, nécessaire à la nourriture des hommes. Sa destruction regrettable est un cri qu’il faut entendre et comprendre. Toute la détresse exprimée pendant cette période doit nous alerter sur les conséquences humaines, sociales, sociétales de décisions politiques prises au vu de la seule considération économique. Le libéralisme ne tolère plus la dimension humaine.

Après six mois de règlement du lait au rabais, les trésoreries des exploitants passent dans le rouge : actuellement, le litre de lait est payé au producteur 0,26 cts le litre alors que son coût de production sur la ferme s’élève à 0,32 cts environ par litre. Depuis 6 mois le travail n’est plus rémunéré. Dans quelques mois, si rien n’est fait, c’est 20 000 à 30 000 exploitations laitières en France qui seront rayées de nos territoires.

Après le textile et la sidérurgie, est-ce la fin programmée de la production laitière ? Si nos producteurs disparaissent, ce n’est pas seulement une économie qui s’effondre, c’est toute une chaîne de professions annexes qui est touchée. Un actif agricole, c’est 7 emplois induits en amont et en aval, c’est aussi l’équilibre des territoires qui est en jeu ; les commerçants, les artisans ruraux, les services en milieu rural, etc. … c’est enfin la qualité et l’identité de nos paysages.

Nous appelons tous les citoyens, les consommateurs, les gens de bonne volonté à soutenir les producteurs dans leur combat. Avec les agriculteurs ce sont des territoires avec ce qu’ils représentent pour la société qui sont menacés. Les agriculteurs en difficulté rejoignent ainsi tous les laissés pour compte de l’économie ultra-libérale actuelle : arboriculteurs, maraîchers, ouvriers et employés soumis au stress, chômeurs, jeunes sans emploi, émigrés sans papier, etc. Nous dénonçons la loi aveugle de la performance à tout prix, le culte du résultat sans considération pour l’humain, nous voulons l’évangile de la vie.

Nous appelons à une prise de conscience générale sur le rôle vital des agriculteurs.