Mardi 9 octobre 2018

Billet spirituel - Septembre 2018

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Ses paroles sont plus douces que le miel

Septembre : les abeilles engrangent leurs dernières réserves de miel (bruyère, lierre…). Les apiculteurs terminent leur récolte ; avant l’hivernage, ils vérifient que la ruche est bien approvisionnée, protégée du froid et de l’humidité. Ils donnent rendez-vous aux amateurs pour quelque fête du miel. Aujourd’hui comme hier, le miel demeure pour l’humanité un aliment précieux et un remède efficace. Le chrétien admire l’œuvre du Créateur et il s’interroge : pourquoi Dieu a-t-il créé le miel ?

L’homme aurait pu vivre sans miel ; la nature lui fournit déjà en abondance de multiples nourritures. Dans sa générosité, le Créateur a voulu joindre l’agréable à l’utile par cet aliment, emblème de la douceur. « Qu’y a-t-il de plus doux que le miel ? » (Jg 14,18) La Bible en souligne la valeur : « Mange du miel, mon fils, car c’est bon ; un rayon de miel est doux à ton palais » (Prov 24,13). Il y en avait sûrement sur la table de la Sainte Famille à Nazareth. Dans toutes les civilisations, il symbolise la mansuétude dans les relations humaines : « Les paroles aimables sont un rayon de miel » (Prov 16,24) Le miel fait la joie des sages et des moralistes, des enfants et des poètes. Il rend la vie plus belle sur terre.

Surtout, le miel nous parle du ciel. Les Anciens l’avaient pressenti. Ils l’appelaient « la nourriture des dieux ». Le miel porte en lui la marque de son Créateur : Dieu est doux. « Ses paroles sont plus douces que le miel, que le suc des rayons » (Ps 19, 11) « Mon souvenir est plus doux que le miel, déclare la Sagesse divine ; mon héritage, plus doux qu’un rayon de miel » (Sir 2,20). Le roi David nous exhorte à prendre le temps de « savourer la douceur du Seigneur » (Ps 27,4) « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux ! » (Ps 33,9) Mais les malheurs redoublés du peuple élu semblaient contredire ces paroles. Les pauvres d’Israël suppliaient dans l’espérance :« Que vienne sur nous la douceur du Seigneur ! » (Ps 89,17).

Dieu leur a répondu. Il leur envoya, au bénéfice de toute l’humanité, son doux Fils Jésus. En Lui se trouve « concentrée » toute la douceur divine. En effet, le Verbe fait chair n’est pas seulement la Lumière qui « éclaire tout homme, en venant dans ce monde ». « C’est un aliment : Jésus est miel à la bouche », écrit saint Bernard. Dans son hymne :« Jesu dulcis Memoria », le Docteur « melliflue » détaille sans se lasser la douceur de Jésus « dont la mémoire est douce et la présence bien plus encore ». Jésus accomplit l’attente d’Israël tournée vers la Terre Promise « ruisselant de lait et de miel » (Ex 3,8, etc.) où naîtrait le Messie qui « se nourrirait de lait et de miel » (Is 7,15). 

Comment vivre de la douceur du Seigneur Jésus   En méditant chaque jour ses paroles de sagesse et de vie. «  Apprenez de moi, dit Jésus, combien je suis doux et humble de cœur » (Mt 11,29). L’enseignement de Jésus est rempli d’une sagesse infinie et nous ne l’épuiserons jamais. Le cœur doux, c’est le cœur docile, qui se laisse instruire sans cesse par son Seigneur.

Mais les paroles ne suffisent pas à transformer nos âmes revêches. Il faut aussi nous nourrir avec foi et amour de la Sainte Eucharistie. Le Corps sacramentel du Christ est le vrai « miel du Rocher » qui veut pénétrer notre âme pour nous transformer en sa propre douceur, si éloignée de toute paresse et indolence, comme de toute brusquerie et violence. 

Le Seigneur nous fait ainsi connaître combien il est bon d’être doux avec nos semblables et particulièrement entre nous dans la Sainte Eglise ! « Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble à Sion ! » (Ps 132,1). « Heureux les doux, ils posséderont la terre », dit Jésus (Mt 5,5).

Au fond, la douceur du cœur de Jésus, voilà le bonheur, déjà sur cette terre et bientôt dans la terre promise qui est le ciel de Dieu. A son école nous apprenons à bien cultiver la terre de notre âme, ruche bourdonnante d’activité et de passions contraires. Au Moyen Age, pour extraire le miel, il fallait, non sans inévitables piqûres, renverser la ruche après avoir enfumé les abeilles pour les engourdir. De même pour posséder la vie divine, le fidèle du Christ doit renverser ses mauvaises habitudes et « faire son miel » des piqûres d’amour propre et en général des souffrances physiques et morales en les unissant à la Passion de Jésus. Seuls les humbles de cœur comme la douce Vierge Marie (o dulcis virgo Maria), peuvent goûter et rayonner la douceur spirituelle selon l’Évangile. Elle est inaccessible à qui se précipite avec convoitise sur les personnes et les choses pour en jouir au plus vite. A moins de s’en repentir.

Nous comprenons que la douceur de Jésus et Marie n’est pas mièvrerie. C’est le fruit du sacrifice radical de la volonté humaine du Fils de Dieu, à l’heure de l’agonie : « Père non pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22,42). Pour nous communiquer la douceur de son Cœur, Jésus « s’est fait obéissant jusqu’à la mort » (Phil 2) ; et Marie sa Mère s’est associée, amoureusement, à son offrande qui lui était pourtant si douloureuse. La Bible, comme le monde antique, considérait le « miel du rocher » comme le plus excellent des miels, celui que les abeilles sauvages déposent dans les cavités rocheuses. C’est le miel dont se nourrissait Jean-Baptiste (Mt 3,4). Le miel du Cœur de Jésus et Marie se recueille au pied de la croix, dans l’anfractuosité du rocher du Calvaire, c’est-à-dire dans la blessure du cœur transpercé du Christ, notre rocher spirituel.

Merci Seigneur pour le don si précieux du miel, pour les abeilles vos diligentes ouvrières et pour les apiculteurs qui achèvent si bien l’ouvrage de vos mains.

Un prêtre en paroisse

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