Billet spirituel - Juillet 2018

Mardi 4 septembre 2018

Détente, repos et instruction

Le premier grand mois d’été est pour une part notable de la population celui de la "transhumance" des vacanciers. Cette opération est un phénomène qui jette sur les voies de communication une grande partie de la population pour un "ailleurs" qui doit faciliter la détente, le repos et l’instruction.

Au sujet de la détente qui s’oppose à la tension, le saint moine de Marseille Jean Cassien (+ en 432) rapporte dans sa 24ème Conférence l’encouragement que nous offre le grand saint Jean l’Evangéliste : "On rapporte, écrit-il, que le bienheureux Évangéliste saint Jean caressait doucement une perdrix, lorsqu’il fut aperçu par un chasseur. Cet homme s’étonna qu’un personnage d’un si grand mérite pût se plaire à une chose si petite et si basse. « N’êtes-vous pas, lui dit-il, ce Jean dont la réputation est si grande, le nom si célèbre et que j’ai tant désiré connaître ? Comment vous livrez-vous à un pareil amusement ? - Mon ami, lui dit l’Apôtre, que tenez-vous à votre main ? - Un arc, lui répondit le chasseur. - Et pourquoi ne le portez-vous pas toujours tendu ? - Il ne le faut pas ; car, s’il était toujours tendu, il perdrait sa puissance, et lorsque je voudrais lancer quelques flèches sur une bête sauvage, elles n’auraient plus de force pour l’atteindre. - Ne vous étonnez donc pas, jeune homme, répliqua l’Apôtre, de ce petit et court délassement. Si notre esprit était toujours tendu, il s’affaiblirait aussi par cette contrainte et il ne pourrait plus nous servir quand il faudrait l’employer de nouveau avec plus de vigueur."( ch. 21 sur la mortification). Le premier moment des vacances est donc celui de la détente traduite, à l’exemple de saint Jean, par un "petit et court délassement de l’esprit" qui lui permet de retrouver sa vigueur.

Le deuxième moment des vacances est celui du repos. Ici, il faut écouter saint Augustin expliquant la nostalgie du repos que chacun éprouve lorsqu’il est contraint de s’employer à de multiples travaux : "on se dévoue ici-bas aux plus rudes fatigues pour trouver le repos et la sécurité, mais les passions ne permettent pas d’y atteindre. On veut en effet goûter le repos au sein des choses agitées et passagères, et comme le temps les emporte avec lui, la crainte et les regrets troublent le cœur et ne lui laissent aucun moment de calme. " Et sa conclusion charitable est celle-ci : " Pour toi, mon frère, qui cherches le repos promis aux chrétiens après la mort, tu commenceras à en goûter la douceur dès ici-bas, au sein même des soucis les plus amers de la vie, si tu t’attaches avec amour aux préceptes de Celui qui l’a promis. Tu ne tarderas pas à sentir que les fruits de la justice sont plus doux que ceux de l’iniquité et qu’une conscience pure au milieu des chagrins inspire une joie plus réelle et plus vive qu’une conscience bourrelée au milieu des voluptés." (Traité du catéchisme ch. 16). Vous voyez, pour notre Père africain le repos est en Dieu pour qui nous sommes faits et vers qui nous tendons et bien des soucis ordinaires prennent leur véritable signification lorsque ils sont rattachés tout simplement à notre condition de pèlerins. Alors bon repos.

Et cela oriente vers le troisième moment des vacances, l’instruction. Saint Thomas nous donne la clef de l’instruction en établissant la distinction entre la studiosité et la curiosité. " Tous les hommes désirent naturellement savoir" disait Aristote, mais cet appétit de connaissance doit être modéré c’est-à dire conforme à la raison et cela appartient à la vertu de studiosité qui, en même temps, entretient une "certaine ardeur d’intention dans l’acquisition du savoir ". De son côté, saint Augustin dit que "c’est la convoitise des yeux qui rend les hommes curieux" ; nous avons tous rencontré de ces personnes curieuses (et peut-être en étions-nous) c’est pourquoi il avoue : " je ne vais plus au cirque voir un chien courir après un lièvre ; mais que le hasard, dans un champ où je passe, m’offre cette chasse, elle m’accapare, me détourne peut-être même d’une profonde méditation. Et si vous ne m’avertissez sur-le-champ, en me montrant ma faiblesse, j’ai l’absurdité de rester là bouche bée "( cfr IIa- IIae Q. 166/7).

Détente, repos et instruction, trois moments d’apaisement, de retrouvailles et de tranquille studiosité qui par le trajet de la belle création nous élèvent vers Dieu.

Un moine de Triors

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